Jean-Claude Babanze, président de la société civile de Rutshuru, zone sous contrôle du M23: « Rutshuru jusqu’à preuve du contraire est exclu du processus électoral. Cette situation présage déjà un danger »
Les élections de décembre 2023 qui pointent déjà à l’horizon vont-elles se dérouler sans les territoires sous contrôle du M23 dans le Nord Kivu? C’est pour répondre à cette question que Kinshasamagazine.cd s’est entretenu avec le président de la société de Rutshuru, Jean-Claude Babanze qui pense que la tenue des élections sans ce territoire est une aberration.
Kinshasa magazine.cd: Quelle est La situation dans le territoire de Rutshuru?
Jean-Claude Babanze: La situation ne s’est pas améliorée bien au contraire elle s’est empirée. Les populations n’ont pas le droit de s’exprimer, elles n’ont pas le droit de vaquer librement à leurs activités. Elles sont tracassées et tuées par les rebelles qui sont sur place.
Mais également il faut noter qu’il y a aussi des cas de kidnapping dans les zones sous contrôle du M23. Le cas récent est celui d’un grand commerçant qui est un fournisseur du côté de M23. Il a été tué et son corps a été retrouvé lundi 11 septembre dans la brousse.
« Aujourd’hui la force de l’EAC cohabite avec les soldats du M23 et ne fait rien vis à vis des menaces des rebelles sur la population. »
KM: Quel est l’apport des militaires de l’EAC aujourd’hui dans la sécurisation de la population vivant dans les zones sous contrôle du M23?
JC Babanze: Il n’y a rien comme apport. Depuis que la force de l’EAC est là, elle n’a jamais réussi à faire dégager le M23 de toutes les zones qu’il occupe. Cette force n’a pas réussi à convaincre les soldats du M23 à se faire cantonner.
D’ailleurs les soldats de ce mouvement rebelle continuent à se renforcer et à s’approvisionner en armes sous l’œil impuissant de l’EAC. Aujourd’hui la force de l’EAC cohabite avec les soldats du M23. Donc pour nous cette force ne fait rien vis à vis des menaces des rebelles sur la population.
KM: Quelle est la solution que la société civile de Rutshuru propose face à cette situation ?
JC Babanze: Nous pensons que les Congolais ne peuvent pas être sécurisés par des forces étrangères qui contribuent aux massacres de la population. Au contraire, ce sont les soldats des forces armées de la République démocratique du Congo qui sont mieux placés pour sécuriser leurs propres frères ainsi que les territoires où ils habitent.
Voilà pourquoi nous en appelons au lancement des opérations de grande envergure pour chasser les militaires rwandais avec leurs complices du M23 afin que la population puisse vivre en paix.
KM: Nous sommes à quelques mois de la tenue des élections, pensez-vous que le pays est en mesure de les organiser dans les territoires sous contrôle du M23?
JC Babanze: Il faut d’abord dire que Rutshuru par exemple semble déjà être exclu du processus. Vous vous rappelez que non seulement il n’y a pas eu enrôlement dans ce territoire et jusqu’à présent on ne voit pas une lueur d’espoir pour dire qu’il y aura enrôlement dans le territoire de Rutshuru. Ailleurs le processus électoral a déjà évolué, on a même déposé déjà des candidatures. Ce qui n’est le cas dans les territoires occupés.
Rutshuru jusqu’à preuve du contraire est exclu du processus électoral. Cette situation présage déjà un danger pour la population, surtout du point de vue sécurité. Les gens qui habitent ce territoire ont aussi droit de participer aux élections comme tous les autres congolais.
KM: Donc vous redoutez l’organisation des élections sans le Rutshuru ?
JC Babanze: Effectivement. On ne voit pas un effort du côté du gouvernement pour permettre aux gens de se faire enrôler et même de continuer avec le processus. C’est vraiment une crainte majeure que nous avons. Surtout que comme je vous ai dit, partout ailleurs on a enrôlé, à Rutshuru il n’y a rien qui a bougé, rien n’a commencé. Et on ne voit rien sur terrain qui puisse permettre à ce que l’on pense aux élections dans ce territoire.
KM: En tant que société civile est-ce qu’il y a des actions d’envergure que vous envisagez d’organiser pour exiger l’organisation des élections dans le territoire de Rutshuru ?
JC Babanze: Bien sûr. Nous avons d’abord commencé avec des plaidoyers. Nous sommes non violents. On a parlé avec le ministre de l’intérieur. Nous avons dit aux gens de la CENI que ce serait aberrant de penser organiser les élections sans Rutshuru pour deux raisons : d’abord les congolais qui vont avoir des cartes d’identité ça va obliger la CENI à constituer le fichier mais ça sera comment?
Et autre élément très important, on ne peut pas prétendre avoir un gouvernement provincial ou une assemblée provinciale sans le Rutshuru, sans Masisi. Le faire serait noyer la province du Nord Kivu dans une situation qui va pas permettre la réconciliation. Voilà pourquoi nous lançons un appel à la solidarité de tous les congolais pour qu’ils comprennent qu’il y a une partie du pays qui est occupée par le Rwanda.
Propos recueilli par Chrystelle Lukusu
