123 200 sépultures portées disparues au cimetière de Kintambo à cause des enterrements superposés
Plus de 123 200 sépultures sont aujourd’hui introuvables au Cimetière de Kintambo, dans la capitale de la Republique démocratique du Congo , en raison des enterrements par superposition. C’est le constat alarmant dressé par une mission d’information et de contrôle de l’Assemblée provinciale de Kinshasa .
Fermé une première fois en 1970, puis rouvert avant d’être de nouveau déclaré saturé en 1982, le cimetière n’a pourtant jamais cessé de fonctionner. Durant 44 ans, les inhumations s’y sont poursuivies, souvent par superposition — une pratique consistant à enterrer de nouveaux corps au-dessus d’anciennes sépultures.
Au fil des décennies, cette méthode a progressivement effacé les traces des défunts précédemment inhumés. Selon les estimations de la commission de contrôle, plus de 123 200 sépultures seraient ainsi devenues introuvables à la suite de ces superpositions successives.

Les sépultures disparaissent, une partie de l’histoire collective s’efface
Le rapport de la commission souligne que de nombreuses familles kinoises ne parviennent plus à identifier ni à localiser les tombes de leurs proches.
« Ce n’est pas seulement un problème administratif ou urbanistique, c’est une question de dignité humaine, de respect des morts et de considération pour les vivants. Un cimetière n’est pas un simple espace foncier. C’est un lieu de mémoire, de recueillement et de transmission. Lorsque les sépultures disparaissent sous d’autres enterrements, c’est une partie de notre histoire collective qui s’efface », a déclaré le député provincial Steve Mulumba , président de la commission.
Selon lui, l’argument du manque d’espaces funéraires ne saurait justifier de telles pratiques. « Cela ne peut en aucun cas excuser que l’on bafoue la mémoire de nos morts, ceux qui nous ont quittés et dont nous gardons un souvenir vivant dans nos cœurs », martèle-t-il.

Des constructions anarchiques érigées sur des tombes
Steve Mulumba dénonce également l’érection de constructions anarchiques sur certaines tombes. À proximité, un terrain initialement réservé au football aurait lui aussi été partiellement envahi par des habitations irrégulières.
« Les espaces initialement prévus doivent être respectés. Le terrain destiné au football doit rester un terrain de football. Quant aux maisons construites de manière anarchique, notamment sur des ossements, elles doivent être démolies dans les plus brefs délais », affirme l’élu provincial.
Pour l’Assemblée provinciale, cette action illustre une volonté claire de mettre fin à la situation jugée catastrophique dans les morgues, les hôpitaux généraux et les cimetières de la capitale. L’heure est désormais à l’assainissement de la gestion des infrastructures funéraires et hospitalières.

Des cimetières publics en expansion sans respect des normes
Au Cimetière Antenne, situé dans la commune de Maluku, la situation est décrite comme extrêmement préoccupante. Ancien cimetière coutumier devenu public, il connaît une expansion rapide sans respect des normes urbanistiques, environnementales ou d’aménagement.

Morts et vivants y cohabiteraient, en violation des dispositions légales qui prévoient la désaffectation d’un site d’inhumation 50 ans après le dernier enterrement. À terme, préviennent les membres de la commission, Kinshasa pourrait faire face à de graves problèmes environnementaux si aucune mesure corrective n’est prise.
Au cimetière de la Miséricorde , situé dans la périphérie est de la ville, la situation est jugée globalement acceptable. Toutefois, certaines irrégularités subsistent : les caveaux mesurent en moyenne 1,30 mètre au lieu des 1,50 mètre exigés par les normes, certains espacements entre tombes ne sont pas respectés et aucun dispositif adéquat de gestion des déchets n’est prévu, malgré un environnement relativement bien entretenu.
Le cimetière Nsele Bambou est également pointé du doigt. Totalement saturé, il continue pourtant d’accueillir des inhumations, alors qu’il devrait être fermé. Aucune règle n’y serait respectée, accentuant ainsi les risques sanitaires et environnementaux.
À l’inverse, Necropole entre Terre et Ciel est présentée comme un modèle. Elle serait, à ce jour, le seul site respectant les normes d’inhumation et offrant un souffle nouveau à une ville dont la majorité des espaces funéraires sont déjà saturés.
François WALY
