Un gouvernement d’union nationale pour contourner le dialogue ?
C’est une équation à double inconnues dont la solution viendra peut-être de la classe politique congolaise elle-même. Mais des indicateurs sur le terrain du jeu politique suscitent quelques interrogations …
D’emblée, l’idée d’ un gouvernement d’union nationale semble avoir pris le dessus sur le dialogue. Elle est en train de prendre corps comme le laissent penser avec les consultations menées par le conseiller spécial du chef de l’Etat auprès de la société civile, des partis politiques et autres forces vives du pays.
Si certains opérateurs politiques se montrent réticents jusque-là, d’autres par contre ne cachent plus leur intention de participer à la future équipe gouvernementale . Quant à l’idée de dialogue acceptée pourtant par le chef de l’Etat, aucun signe de préparation palpable sur le terrain. A la place, l’opinion assiste plutôt à une décrispation politique similaire à dégel qui ne dit pas son nom. C’est le sentiment qui ressort après la vague de libération des opposants politiques dont Jean-Marc Kabund, Mike Mukebayi, Seth
Kikuni.
Ces personnalités politiques ont-elles été libérées de la prison en prévision du dialogue ou de la formation du gouvernement d’union nationale dont les consultations sont déjà en cours ? C’est aussi une question que l’opinion se pose au regard de la dernière rencontre entre Kabund et Fayulu.
C’est dans le même ordre d’idées que l’opposant Emmanuel Shadari, secrétaire général du parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) a déclaré avoir aplani les divergences avec le régime en place après avoir été convoqué au ministère de l’intérieur.
Pour revenir au dialogue, il faut souligner qu’il a tout de suite pris une double connotation. D’un côté la thèse de la dimension interne souhaitée jusque-là par le pouvoir de Kinshasa qui contredit la démarche initiée par les églises catholique et protestante.
En effet, d’après des indiscrétions, le president de la République serait plutôt favorable à un dialogue en interne, avec ses opposants. Ce qui exclut l’idée d’associer les opposants qui ont pris les armes avec le soutien militaire de l’agresseur rwandais. Mais ce dialogue en interne semble être relégué au second plan.

La démarche des églises catholique et protestante aboutira-t-elle au rapprochement des
vues ?
La démarche entreprise par les religieux catholiques et protestants auprès des
protagonistes du conflit armé dans l’Est de la République démocratique du Congo est en train de poursuivre son bonhomme de chemin malgré l’opposition et la méfiance d’une certaine frange de l’opinion publique congolaise.
Ces serviteurs de Dieu tiennent mordicus à la mise en œuvre du « Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en République Démocratique du Congo et dans les Grands Lacs », une démarche qui vise à mobiliser l’ensemble des acteurs sociopolitiques, tant nationaux que régionaux, pour instaurer une paix durable dans l’Est de la RDC et
promouvoir la cohésion sociale dans la région des Grands Lacs.
Les deux confessions religieuses, les plus influentes du pays, ont visiblement opté pour des solutions pratiques et adaptées aux circonstances à la base des conflits armés à répétitiondans l’Est de République démocratique du Congo. Mais la tâche est loin d’être aisée. Les
partisans du pouvoir n’apprécient pas le fait que ces serviteurs de Dieu se soient déplacés pour rencontrer l’agresseur et les Congolais acquis à sa cause.
Malgré les explications des prélats catholiques appuyées par celle de leurs homologues protestants, la méfiance est loin de céder la place à la confiance.
D’où la question que se posent des analystes, celle de savoir si les consultations que continuent de mener ces deux confessions religieuses pourrait aboutir à un dialogue entre acteurs politiques congolais au moment où les tractations politiques pour la formation du gouvernement d’union nationale semble avoir pris le dessus sur l’idée de dialogue.
La série de succès diplomatiques en faveur de la République démocratique du Congo pourrait-elle changer la donne et faire fléchir l’opposition armée face aux sanctions qui pèsent déjà sur son soutien rwandais ?
Le president Tshisekedi va-t-il revenir sur son refus de parler avec ceux qui se sont procurés des armes et autres moyens militaires pour déstabiliser les institutions légalement établies malgré la résolution des Nations unies qui insiste sur les négociations avec les insurgés ? Qui vivra, verra.
François WALY
