17/02/2026

La peur des inondations dont les dernières  à Kinshasa qui ont causé la mort à 75 personnes est en train de céder la place à la menace de démolition des constructions anarchiques qui ont envahi les lits de différents cours d’eau. Deux jours  après un communiqué de l’hôtel de ville annonçant la destruction de toutes les bâtisses à la baie de Ngaliema, le president de la République a donné son feu vert insistant sur le respect de la loi.

 

«Il est indispensable que certaines décisions soient immédiatement mises en œuvre, il s’agit de la démolition de la construction érigée en violation des normes d’urbanisme, en particulier celles qui entravent les canaux d’évacuation des eaux », a fait savoir Patrick Muyaya, porte-parole du Gouvernement.

 

Au delà du souci de remettre de l’ordre dans l’urbanisation jugée chaotique, les autorités veulent éviter un nouveau drame qui pourrait survenir dans la capitale parce que la saison de pluie n’a pas encore dit son dernier mot.  Le pire reste à craindre.

 

Les stigmates  des dernières inondations sont encore visibles dans les quartiers frappés. Les familles endeuillées n’ont pas fini de pleurer les 75 morts officiellement annoncés par les autorités. Les 150 personnes blessées n’ont pas encore fini de panser leurs plaies. Les recherches continuent pour retrouver les six personnes portées disparues. Aucune solution n’est encore trouvée pour  les 21.600 ménages affectés.

 

 

La saison de pluie 2025 n’a pas encore dit son dernier mot

 

Si l’on en croit les prévisions de la météo, Kinshasa se prépare à connaitre une transition progressive vers la saison sèche, mais des précipitations abondantes sont encore attendues. La quantité prévue pour le mois de mai est estimée à 83 millimètres de pluie qui pourraient tomber pendant environ dix-huit jours.

 

Face aux constructions anarchiques, à la pression démographique et aux infrastructures d’évacuation des eaux défaillantes, la capitale congolaise, construite sur un cratère d’impact de météorite, reste  jusque-là vulnérable aux inondations comme celles qui viennent de coûter la vie à près d’une centaine de  personnes.

 

Plusieurs personnes ont perdu leurs habitations, notamment dans deux quartiers de la commune de Masina où 600 maisons ont été complètement détruites comme le prouvent les témoignages des sinistrés.

 

« Je vivais du loyer. Tous mes cinq locataires, y compris moi-même avons été inondés et on a tout perdu. Ils ont tous quitté et les maisons sont totalement inondées. Il n’y a pas moyen de vider les eaux en provenance de la rivière N’djili », se plaignait  Marie Ntumba, propriétaire d’une parcelle au quartier Ndanu, un des coins les plus touchés.

 

« Je n’en peux pas. J’ai déjà évacué ma femme et mes enfants. Maintenant je déplace les effets vers la toiture de la maison comme vous le constatez. L’eau est déjà au niveau de mes genoux sur les avenues et au niveau des jambes dans les maisons », s’alarmait John Akwete, un père de famille , la quarantaine révolue.

 

Kinshasa victime de sa démographie galopante

 

 

Dans la commune de N’sele, les eaux de pluie ont provoqué l’effondrement du boulevard Lumumba, précisément au quartier Bahumbu 2 près de Kibomango, un centre de formation militaire de l’armée congolaise. La route s’est littéralement fissurée, rendant impossible la circulation dans les deux sens », alertait le bourgmestre de N’sele pour qui l’exploitation illégale d’une carrière de sable à proximité de l’emprise de cette artère principale aurait contribué à  l’effondrement du tronçon routier.

 

Il faudra donc une thérapeutique de choc pour Leopold ville devenue Kinshasa en 1966, après avoir  obtenu le statut de ville en 1941. Etendue à cette époque sur 5000 hectares, l’espace qui sert de capitale de la RDC aujourd’hui comptait à peine 53 000 habitants. Les colonisateurs belges l’avaient construite  initialement pour abriter 400.000 habitants.

 

Mais après l’indépendance, la ville a connu une démographie galopante estimée aujourd’hui à plus ou moins 18 millions d’âmes. Cette augmentation de la population s’est répercutée jusque dans l’occupation anarchique des espaces autrefois frappés d’interdiction de construire. Ce qui explique en grande partie la cause des inondations à chaque tombée des pluies torrentielles.

 

François WALY

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