17/02/2026

L’épargne bancaire loin de supplanter l’épargne à l’ancienne à Kinshasa

Avoir un compte en banque est de plus en plus accessible en RDCongo . Les institutions bancaires que la population regardait jadis de loin croyant être l’apanage des riches se sont popularisées durant les trois dernières décennies.

Aujourd’hui, c’est tout le monde qui peut avoir un compte bancaire. Il suffit d’en exprimer le besoin auprès des opérateurs attitrés et surtout avoir un revenu plus ou moins sûr permettant de l’alimenter régulièrement.
Cette accessibilité qui a permis la création de beaucoup de comptes  épargnes en banque est encore loin de supplanter l’épargne traditionnelle dont la nature et la diversification des pratiques varient d’un épargnant à un autre.

L’épargne est en effet l’une des plus importantes habitudes financières que l’on puisse adopter car elle procure un filet de sécurité financier.
Les motifs d’épargne sont diverses. Elles vont de la simple  être  précaution pour parer aux situations imprévues, à l’ambition pour réaliser un projet à court, moyen ou long terme ou encore par prévoyance pour mettre ses proches à l’abri de certaines déconvenues financières.
 

Dans le secteur du petit commerce kinois, l’épargne se fait le plus souvent sous forme de tontine ou « ristourne ». Il s’agit d’une association collective d’épargne dans laquelle les membres souscrivent à une cotisation régulière et obligatoire d’un montant fixé à l’avance, au bénéfice de chaque membres à tour de rôle, suivant une échéance convenue. Aucun texte ni arrangement écrit ne régule cette pratique. Mais tout fonctionne sur base d’une confiance  mutuelle entre membres du groupe.

«C’est depuis 2008 que j’exerce ce petit commerce. Je vends le maïs au marché de l’Upn. Mon capital je l’ai toujours reconstitué grâce à la ristourne. Sans cela, je ne tiendrai pas le coup avec  quatre  enfants à nourrir , leurs frais de scolarité et un loyer à payer  », affirme maman Mado.

Cette pratique de ristourne ancrée dans les habitudes de la population congolaise a également élu domicile dans plusieurs entreprises . «80% des dépenses effectuées lors de mon mariage c’est de l’argent que j’ ai économisé grâce à la ristourne. N’eut été cela, je serais encore entrain de rechercher l’argent pour payer la dot de ma femme », explique Pierre Kitete, sous-traitant dans une entreprise de téléphonie cellulaire.

Une autre forme d’épargne que le compte bancaire a du mal à supplanter, c’est la tirelire que beaucoup de citoyens vivant à Kinshasa considèrent comme un coffre-fort. «Je suis le banquier de moi-même. Je n’ai pas besoin d’aller faire la queue dans les agences pour avoir accès à mon argent. Avec ma petite caisse ici je suis totalement indépendant et je peux me servir à tout moment sans me  faire  soustraire des frais de retrait à la banque », explique Madeleine Nzita, veuve et mère de six enfants.

Des tenanciers des boutiques dans plusieurs quartiers de Kinshasa prennent aussi l’initiative de se constituer en banquier du quartier en appelant les autres à venir épargner. C’est la pratique communément appelée « Buakisa carte». Ici, les épargnants passent régulièrement verser de l’argent moyennant une carte sur laquelle signe la personne qui perçoit la somme à épargner.

Willy Matondo,  gérant d’une boutique à Matadi kibala, en a fait une activité supplémentaire. Il aide les voisins du quartier à épargner à partir de 500 Francs congolais. Chaque jour, des gens munis de leurs cartes de versement défilent devant son petit comptoir, pas pour les achats, mais pour verser des sommes variant entre 1000  et 5000 francs.
Il est des jours où le tenancier de cette boutique encaisse des centaines des milliers de francs. « Beaucoup de gens viennent épargner chez moi. Mais je n’ai jamais été tranquille. On m’a déjà visité plusieurs fois par des voleurs. Je crains qu’on vienne me dévaliser encore. Si cela arrive, j’aurais du mal rembourser tout cet argent », s’inquiète M. Matondo.

Aux yeux des banquiers, l’épargne domestique expose les épargnants à un risque permanent. Notamment le vol, les intempéries et incendies. Ce qui n’est pas le cas de la banque dont la première garantie reste la sécurité. Joël Kayoka agent à Equitybcdc Mbanza Ngungu, dans la province du Congo central, encourage pour cela les épargnants à recourir à la banque. «L’épargne à la banque est une affaire de tout le monde. Elle concerne toutes les sommes. Peu importe le montant », fait-il savoir.

Et d’ajouter: «La banque est plus sécurisée et on ne court aucun risque d’interruption. Il ne faut jamais avoir honte d’épargner.  Même à partir de 2000fc on peut épargner dans une banque. L’épargne assure une meilleure vie et sécurise l’économie». Une façon pour ce banquier d’encourager la culture de l’épargne dont la célébration le 31  octobre  de cette année 2023 a été placée sous le thème: « l’épargne, pierre angulaire de l’inclusion financière ».

Mais ce point de vue a encore du chemin à parcourir pour convaincre la population habituée à l’épargne traditionnelle à se fier à la banque. Madame Julie Nlandu  rencontrée sur son lieu de travail à Gombe pense que l’épargne en banque rime surtout avec des grands montants. A l’en croire, il n’y a que les petites sommes qu’on peut garder à la maison ou  dans les coopératives de la cité. « Si j’ai assez d’argent je préfère épargner dans une banque. Quand il s’agit d’une petite somme je garde à la maison pour de petits besoins urgents qui peuvent survenir », dit-elle.

Un avis largement partagé par Sammy Ndongala, jeune du quartier Matadi kibala qui affirme qu’avec la conjoncture du pays qui ne lui permet pas de gagner suffisamment, il préfère le «bwakisa carte » qui lui permet, chaque semaine , de mettre de côté une somme de 1000 francs congolais. « Avec la conjoncture de notre pays, il est difficile de s’ouvrir un compte en banque. Je n’ai pas cette possibilité », affirme -t-il.

 

Julia TULOMBA

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