17/02/2026

Toute la vérité sur l’existence des passages souterrains à l’échangeur de Limete avec Moza NGABU, chef de service et grand guide au musée national

« Le plan de construction de l’échangeur de Limete prévoyait aussi des tunnels  pouvant relier cette tour à l’aéroport de Nd’jili, l’immeuble Sozacom, les ronds-points Moulaert et Ngaba »

Une image devenue virale dans les réseaux sociaux fait état de l’existence des tunnels souterrains à l’échangeur de Limete pouvant relier ce monument à plusieurs coins de la ville de Kinshasa. L’homme qui parle dans cette courte vidéo est Moza Ngabu,  grand guide et chef de service au musée national. Kinshasa magazine.cd est allé à sa rencontre pour en avoir le cœur net à travers un entretien à bâtons rompus.

Kinshasamagazine.cd: Une polémique fait rage en ce moment dans les réseaux sociaux où circule une vidéo dans laquelle vous parlez des tunnels souterrains à Kinshasa dont l’un relierait l’échangeur de Limete à l’aéroport de Nd’jili. Qu’en est-il exactement ?

Moza NGABU: Il existe bel et bien des tunnels souterrains à l’échangeur de Limete. Mais il faut dire que la construction ne s’est jamais terminée. Il y a eu un début et puis les travaux se sont arrêtés en 1974. Donc c’est un projet qui n’a jamais été réalisé.

 

Ces tunnels souterrains creusés à une profondeur de 50 mètres devraient relier la tour à l’aéroport de Nd’jili, l’immeuble Sozacom dans la commune de Gombe, non loin de la gare centrale, le rond-point Moulaert dans la commune de Bandalungwa et le rond-point Ngaba qui fait la jonction de trois communes, à savoir Lemba, Makala et Ngaba.

 

Il était également prévu que des routes reliant les 4 coins de la ville de Kinshasa devraient partir de cette tour. C’est la raison pour laquelle on appelle cet endroit échangeur. Il devrait y avoir des routes construites sous forme de sauts-de-mouton. C’est le lieu où plusieurs routes construites en hauteur devraient partir pour prendre plusieurs directions.

Kinshasamagazine.cd: Il y a plusieurs cours d’eau qui traversent la ville de Kinshasa dont la rivière Nd’jili. Par où passerait le tunnel pour se rendre à l’aéroport?

Moza NGABU: La rivière Nd’jili a une profondeur de 10 mètres. Les des tunnels que Mobutu voulait construire devraient avoir  une  profondeur de 50 mètres. C’est cette même profondeur qui constitue la fondation de la tour de l’échangeur. Quand vous y êtes, vous pouvez descendre jusqu’à 50 mètres dans le sous sol.

 

C’est à partir de là qu’on allait aménager comme à Dubai pour permettre aux gens de circuler à travers des petites voitures. Quelqu’un peut quitter l’échangeur pour se rendre à l’aéroport de Nd’jili. D’autres personnes peuvent marcher même à pied. Mais le projet n’a jamais été achevé.

 

 

kinshasamagazine.cd: y a-t-il des visites guidées que vous organisez dans les installations de cette tour et combien coûtent – elles par personne?

La tour est un milieu où beaucoup de gens viennent . Ils peuvent être à trois, mais c’est une seule personne qui vient payer. Les nationaux payent 3000 francs et les étrangers 10$. Quand il s’agit des enfants, c’est 2000 francs pour les nationaux et 5$ pour les étrangers. Nous nous sommes rendus compte que les gens ne connaissent pas le musée. La population aussi est en difficulté, nous avons jugé bon de mettre un petit prix pour permettre à tout le monde d’avoir accès.

                   « L’idée du président Mobutu était de placer le monument de Lumumba au sommet de la tour. Mais les impérialistes l’ont dissuadé de ne pas le faire »

Kinshasamagazine.cd: La construction de l’échangeur de Limete date de quand et pourquoi le projet de ces tunnels n’est pas allé jusqu’à la fin ?

Moza NGABU: L’histoire de construction de l’échangeur de Limete remonte à 1967, à l’occasion du deuxième anniversaire de prise de pouvoir du général Mobutu. Il avait pour la circonstance fait appel à un certain Olivier Kakou, un franco tunisien pour concevoir le plan de construction d’un grand monument qui ferait l’identité de la ville de Kinshasa.

 

Après l’approbation de ce plan par le président Mobutu, Il s’en est suivi la phase d’accumulation a accumulation des matériels de construction. Et les travaux proprement dits ont officiellement été lancés en 1970. La cérémonie avait été marquée par la présence de 4 chefs d’Etat invités pour la circonstance. Notamment le président du Rwanda, de la Zambie , du Congo Brazzaville et celui de la Tanzanie. Et c’est l’ancien président Julius Nyerere qui avait posé la première pierre.

 

L’idée du président Mobutu était de placer le monument de Lumumba au sommet de la tour. Mais les impérialistes l’en ont dissuadé. C’est comme ça que le projet va s’arrêter. Il a été remplacé par le combat de gala Mohamed Ali et Georges Foreman. Au lieu de mettre l’argent dans la construction des tunnels, on a préféré organiser ce combat. En ce moment là, il y avait 4 hôtels. Africa hôtel, Albert hôtel, Memling et Grand Hôtel.

 

Avec le nombre de visiteurs qui allaient venir suivre le combat de boxe, on a pris l’argent destiné à la construction des tunnels pour l’affecter à la construction de Motel FIKIN, le camp Salongo, le camp Badiadingi, les maisons derrière le camp Kokolo, des maisons vers le TASOK et vers N’sele. Quand les visiteurs sont arrivés, on les a répartis dans ces différentes constructions.

 

Après cet événement, Mobutu a donné Badiadingi aux militaires, une partie de la cité Salongo aux officiers de l’armée et une autre aux joueurs qui ont remporté la coupe d’Afrique de 1974. Motel FIKIN a été cédé au Commerce extérieur. C’est pour cela que ces tunnels n’ont pas été construits.

 

                     «Mobutu voulait donner à la ville de Kinshasa un symbole de reconnaissance, de l’unité et de la force »

Kinshasamagazine.cd: Pourquoi le président Mobutu avait-t-il choisi de faire ériger cette tour à Limete ?

Moza NGABU:  La tour a été placée à cet endroit là parce-que c’est le centre de la ville. Mobutu voulait donner à la ville de Kinshasa un symbole de reconnaissance, de l’unité et de la force. Il voulait faire en sorte qu’il y ait des véhicules qui circulent sur des routes en hauteur comme on le voit à Singapour. Il avait déjà cette vision là en 1970 et voulait permettre le tourisme dans le souterrain comme cela se fait à Dubai et dans de grandes agglomérations.

 

Les 4 colonnes de l’échangeur représentent nos 4 langues nationales. Il y a une reliance de ces langues nationales quand Mobutu disait « tata bo, moko. Mama bo, moko. Mokonzi bo, moko. Ekolo bo, moko ». Donc les 4 reliances de la tour représentent l’unité.  Sur les 4 colonnes, deux sont pleines et les deux autres creuses pour laisser passer le dispositif de l’ascenseur. Au sommet de la tour se trouvent des restaurants à travers les assiettes que vous voyez. Mobutu voulait offrir à ses visiteurs une fierté.

« Les gens pourraient bien passer par ces tunnels pour aller vers l’aéroport de Nd’jili et ailleurs en utilisant de petites voitures »

Kinshasamagazine.cd: Est-il encore possible aujourd’hui de faire achever les travaux qui avaient été arrêtés

 

Moza NGABU: Quand le premier ministre Sama  Lukonde a visité la tour, je lui ai proposé de mettre l’échangeur à un grand niveau d’envergure pour que les touristes puissent venir fréquenter ce lieu. Il faut par exemple réhabiliter l’ascenseur dont l’usage ferait entrer de l’argent parce que ça doit transporter les gens jusqu’au premier, deuxième et troisième niveau où il y a des restaurants. Quand vous voulez manger au second niveau, il y a un montant de même que pour les autres niveaux. Il y a aussi un problème de courant qu’il faut résoudre parce qu’il y a souvent coupure d’électricité à la tour.

 

Nous avons 5200 pieds pour aller vers le haut. Si le gouvernement nous aide, ça nous permettre d’élargir la zone de visite. On devrait aussi nous aider avec les tunnels souterrains parce qu’ils permettent à ce monument de respirer. Ils sont limités par rapport aux directions où ils devraient aller. Si le gouvernement pouvait récupérer ce projet, ça pourrait élargir l’espace de tourisme.

 

Les gens pourraient bien passer par ces tunnels pour aller vers l’aéroport de Nd’jili et ailleurs en utilisant de petites voitures. Cela existe également à Dubai . Les mêmes tunnels devraient être surmontés de route construites en hauteur suivant les mêmes directions.

Propos recueillis par François WALY

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