Certains ont pris le parti d’en rire . L’humour comme expression d’un ras le bol face à une situation qui n’a pourtant rien d’amusant. En effet, les coupures intempéstives de courant excèdent de plus en plus la population qui au delà de l’inconfort, subit des pertes matérielles parfois lourdes.
A quand le bout du tunnel pour la ville de Kinshasa où la déficitaire déserte en électricité ne permet pas la croissance des certaines activités économiques et commerciales? Aucune commune n’est épargnée. Même les quartiers autrefois épargnés de cette situation subissent elles aussi les coupures intempestives et délestages dont la cause principale, selon les experts en la matière, est liée à la démographie et l’urbanisation chaotique de la capitale congolaise.
Modeste Landu propriétaire d’un atelier d’ajustage dans la commune de Bumbu. Depuis plusieurs mois, il ne travaille plus correctement. La cause, les coupures intempestives de l’électricité. « Sur les 30 jours du mois, nous avons à peine 10 à 15 jours de fourniture d’électricité », explique-t-il avant s’étonner du fait que la facture mensuelle de la société nationale d’électricité (SNEL) ne tient pas compte de tous ces désagréments.
Cette situation a déjà occasionné une baisse sensible de ses recettes mensuelles. La clientèle ne vient presque plus. Ce qui a obligé l’ajusteur à s’installer dans une autre commune où il croyait trouver de l’électricité permanente. Mais hélas, la situation est tout aussi similaire. «Je me suis organisé pour aller louer un espace à Ngiri-Ngiri où on m’a appris qu’il y avait du courant en permanence, mais là aussi je me rends compte que les coupures sont fréquentes », affirme-t-il.



Débits de boissons et commerces des surgelés dans la contrainte
Les tenanciers des buvettes et maisons de vente des vivres frais paient également un lourd tribut. Pour ceux qui veulent se désaltérer, la fraicheur de la boisson n’est simplement plus garantie. Quand aux boutiques de vivres frais, certaines d’entre elles se sont carrément rabbattues sur la vente des produits dont la conservation ne dépend nullement d’une fourniture permanente du courant électrique.
Tania Lubaki, en a fait l’amère expérience. « J’avais trois congélateurs qui servaient pour la vente des surgelés. Mais il m’était difficile de bien assurer la conservation des produits que je vendais. J’étais parfois obligée de jeter certains vivres qui pourrissaient. Je ne pouvais plus continuer comme ça. Voilà pourquoi je me suis tournée vers les autres produits dont la conservation ne dépend pas de l’énergie électrique », a-t-elle expliqué.
Les hôpitaux, publics ou privés, n’échappent pas non plus à ce désagrément attribué à la société nationale d’électricité. A l’hôpital général de référence de Selembao par exemple, les nourrissons nés prématurés doivent l’essentiel de leur miraculeux souffle de vie aux générateurs électriques dont le fonctionnement régulier entraine un surcoût du fait de l’approvisionnement en carburant. Ce qui a des répercussions sur la facturation des services rendus. Il en est de même du service des urgences.
Déficit de desserte en électricité conséquence d’une démographie galopante et d’une urbanisation chaotique ...
Aux dires des spécialistes employés à la Société Nationale d’Electricité, trois facteurs seraient à la base du déficit de la desserte en électricité dans la ville de Kinshasa. L’étendue de la capitale congolaise, les problèmes d’urbanisation et la démographie galopante, expliquent en grande partie les perturbations régulièrement enregistrées dans la fourniture de cette précieuse énergie.
Selon un document produit par le service économique de l’Ambassade de France à Kinshasa, la fracture énergétique est très importante pour la République démocratique du Congo dont la superficie est de 2 345 441 km2 avec une population estimée à 88 millions d’habitants. Le taux de pénétration électrique en milieu rural est très faible avec une moyenne évaluée à 1%.
Cela s’explique par une faible capacité de production en fonctionnement. Soit 1130 Mégawatts sur plus du double en capacité installée au niveau de la centrale hydroélectrique d’Inga. La production d’ensemble est d’une capacité de 2 677 Mégawatts. 1130 MW sont actuellement en service, en raison de défaut de maintenance. La production est repartie entre 50 centrales (15 hydrauliques et 35 thermiques). Cette fracture énergétique représente un goulet d’étranglement pour le développement de plusieurs secteurs de l’économie tant sur le plan formel qu’informel.
D’après le même document, la RDC figure parmi les pays ayant le plus faible taux d’électrification. Moins de 10% de la population dispose d’un accès à l’électricité 35% dans les zones urbaines dont 50% à Kinshasa) et moins de 1% dans les zones rurales. La desserte irrégulière d’électricité est caractérisée par des délestages intempestives, l’insuffisance de production et des coupures volontaires opérées par des agents de la SNEL.
La Snel fait face à une montée exponentielle de la demande en énergie par rapport à la quantité d'énergie disponible pour desservir la capitale Kinshasa
A en croire les renseignements fournies par la direction de distribution de Kinshasa (DDK) « la Snel fait face à une montée exponentielle de la demande en énergie par rapport à la quantité d’énergie disponible pour desservir la capitale Kinshasa ». La société enregistre 7.200 nouvelles demandes de raccordement au réseau électrique par an et la quantité d’énergie envoyée à Kinshasa ne permet pas de couvrir le besoin d’une population évaluée actuellement à plus de 15 millions d’habitants.
Le besoin en électricité pour Kinshasa, rapportent les renseignements de la SNEL, est de 1.250 Mégawatts. Ce qui est de loin supérieur à la production actuelle d’énergie destinée à la capitale congolaise qui est de 550 MW. Un déficit criant de 700 MW. Pour contourner cette difficulté, il faudrait construire de nouveaux barrages hydroélectriques afin d’accroître la production de l’énergie électrique nécessaire.
Ceci etant expliqué , doit-on conclure qu’en matière d’électricité, l’avenir de Kinshasa, voire de la RDC est encore sombre?
François WALY
