16/02/2026

L’Ouganda entretient-il réellement un voisinage sincère avec la RDC?

Le pays du president Museveni dont l’armée est engagée dans une opération conjointe de neutralisation des forces négatives dont les ADF a ouvert, le 10 juillet dernier, ses frontières avec les territoires sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23 soutenus par l’armée rwandaise sans coordination préalable avec Kinshasa. Il s’agit notamment de Bunagana et Ishasha, cités frontalières sous occupation rebelle depuis plus de 3 ans.

Ce geste posé par le gouvernement de Kampala est non seulement sujet à des interprétations allant dans un sens ou dans l’autre, mais suscite aussi et surtout des interrogations. Même le gouvernement congolais qui ne l’a pas apprécié n’a pas hésité de convoquer l’ambassadeur ougandais à Kinshasa pour en avoir des explications.

Le 17 juillet 2025, Kinshasa a convoqué l’ambassadeur d’Ouganda, Farid Kaliisa, afin d’exprimer officiellement son mécontentement et son inquiétude face à cette décision jugée préoccupante et unilatérale. Les autorités n’ont pas eu tort de voir dans cette action du voisin ougandais une violation de sa souveraineté et une possible légitimation involontaire du contrôle exercé par le M23 sur ces zones.

Comment l’Ouganda dont les soldats se battent aux côtés de l’armée régulière de la RDC dans l’objectif de neutraliser les groupes armés responsables de tueries à répétition dans la province de l’Ituri et dans une partie du Nord-Kivu peut-il se permettre d’ouvrir ses frontières avec les territoires administrés par une force d’occupation ?

Convoqué par le gouverneur militaire du du Nord-Kivu, le général-major Somo Kakule pour avoir des explications sur cet qui rime avec la reconnaissance du M23 par Kampala, le consul ougandais s’est contenté de dire qu’il ne faut pas « suivre ce qui se raconte dans les médias » avant d’ajouter qu’une communication du gouvernement ougandais à ce sujet est attendu dans les tous prochains jours.

Des jours sont déjà passés. Aucune communication venant du gouvernement ougandais n’a été faite. Le consul ougandais a-t-il aussi été sincère dans ses propos surtout lorsqu’il a affirmé ne pas être au courant de la réouverture des frontières de son pays avec Bunagana et Ishasha? Est-ce une façon d’ignorer poliment cette information qui a non seulement été relayée par des médias dignes de crédibilité, mais aussi vécue par la population des territoires concernés ?

L’acte posé par les autorités ougandaises vient non seulement relancer le débat sur la sincérité de son voisinage avec la République démocratique du Congo, mais remet aussi en cause tous les efforts de neutralisation des mouvements rebelles menés conjointement avec l’armée congolaise dans la province de l’Ituri et dans une partie du Nord-Kivu.

La conjonction de cet acte avec divers propos de nature belliqueuse que tient régulièrement le fils de Museveni de surcroît chef de l’armée ougandaise devrait pousser le gouvernement congolais à exprimer ses réserves diplomatiques et chercher à clarifier officiellement les motivations de Kampala tout en préservant l’autorité congolaise sur son territoire.

François WALY

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