04/04/2026

Mars et la femme kinoise : au-delà des discours…

Chaque mois de mars, la femme est célébrée à grand renfort de conférences, d’émissions spéciales et de déclarations solennelles. À Kinshasa l’événement prend des allures de fête nationale : pagnes à thème, promotions « spécial maman », discours officiels et hommages en cascade. Pendant trente et un jours, la femme est magnifiée, portée aux nues, érigée en symbole. Puis arrive avril . Les projecteurs s’éteignent et la réalité reprend sa place, souvent plus rude, plus silencieuse. Alors une question s’impose : célébrer la femme, est-ce seulement multiplier les discours et les gestes symboliques ?

 

Loin des estrades et des slogans, la femme congolaise demeure le pilier discret de la société. Elle tient debout des familles entières, fait vivre des foyers, soutient des économies domestiques fragiles et participe activement à la dynamique nationale. Commerçante infatigable, fonctionnaire engagée, étudiante déterminée, entrepreneure audacieuse ou mère au foyer, elle cumule les responsabilités sans toujours recevoir la reconnaissance qu’elle mérite. Sa force est réelle, mais trop souvent banalisée.

Dans son quotidien persistent des épreuves tenaces : violences domestiques, inégalités professionnelles, harcèlement, accès restreint aux postes de décision, pesanteur de traditions qui ralentissent son émancipation. Les avancées existent, certes, mais elles se heurtent encore à des résistances profondes. La femme progresse, souvent à force de courage, mais trop fréquemment à contre-courant d’un système qui peine à lui accorder la place qui lui revient.

 

À Kinshasa, la femme incarne pourtant une résilience admirable. Reine de la débrouille, gestionnaire ingénieuse, elle transforme les obstacles en opportunités et les contraintes en stratégies de survie. Son élégance n’est pas qu’une affaire d’apparence ; elle est aussi une manière de faire face à l’adversité avec dignité. Mais derrière cette image de battante se cache une pression sociale intense. La quête effrénée du paraître, l’obsession de « la réussite rapide », la dépendance financière dissimulée et l’influence parfois toxique des réseaux sociaux nourrissent des illusions dangereuses. À vouloir briller sans bases solides, certaines trajectoires se fissurent, fragilisant stabilité et estime de soi. La modernité ne devrait pas se résumer à un spectacle permanent où l’image prime sur la construction personnelle.

 

Le combat pour les droits des femmes ne saurait être l’affaire d’un seul genre ; il engage l’ensemble de la société. Les mentalités doivent évoluer en profondeur, les lois doivent être réellement appliquées pour véritablement protéger , et les violences doivent être dénoncées et sanctionnées sans complaisance. Mais l’émancipation féminine repose aussi sur une prise de conscience individuelle . Refuser les compromis qui altèrent la dignité. Le respect commence souvent par le regard que l’on pose sur soi-même.

Célébrer la femme ne peut se limiter à des slogans répétés une fois l’an. Honorer véritablement la femme, c’est poser des actes concrets et durables : protéger les victimes de violences, soutenir l’entrepreneuriat féminin, garantir l’éducation des filles, promouvoir une représentation équitable dans les sphères de décision. En effet , la dignité féminine n’est ni une faveur accordée par convenance ni un privilège circonstanciel. Elle constitue un droit fondamental, inaliénable, qui ne devrait souffrir d’aucune négociation.

 

Mars passera. Les pagnes soigneusement pliés regagneront les armoires. Les micros se tairont et l’effervescence retombera. Mais le respect, lui, ne devrait pas être saisonnier.

 

Marilyn YEMA

Éditrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *