17/02/2026

A quand la fin des kidnappings à Kinshasa ? Une victime raconte…

En dépit du renforcement des mesures de sécurité par les autorités de la police les cas de kidnapping continuent à Kinshasa. Le démantèlement et l’arrestation des plus grandes bandes de kidnappeurs fortement médiatisés n’ont malheureusement pas suffit à décourager ce type de banditisme.

François Atiakombo, un père de famille de 58 ans révolus, en a récemment été victime. Kidnappé dans la soirée du 4 août dans la commune de Matete. Il s’est confié à Kinshasamagazine.cd pour raconter les circonstances dans lesquelles il a été enlevé.

Il était presque 18 heures. Je revenais d’une visite chez un ami. C’était sur avenue éclairée du quartier Debonhomme, dans la commune de Matete. À une trentaine de mètre devant la direction où j’avançais stationnait un minibus avec portière ouverte. Il n’y avait rien à l’intérieur, même pas de sièges à part le chauffeur qui était devant.

A mon approche de ce véhicule, quelqu’un qui était visiblement derrière moi m’a frappé avec un linge imbibé d’une substance poussiéreuse. En un laps de temps je me suis retrouvé entre les mains d’individus que je ne pouvais même pas identifier. Il m’a jeté dans le minibus après m’avoir roué de coups. Yeux bandés, pieds et poings liés.

La scène s’est déroulée en quelques fractions de secondes sans que les dizaines de personnes qui passaient près du véhicule ne puissent se rendre compte des tortures auxquelles les kidnappeurs me soumettaient. C’était comme dans un film et c’est comme si le périmètre de cette malheureuse scène était envouté parce-que je ne pouvais comprendre que les gens passent sans avoir un moindre regard sur ce minibus.

Pendant que j’essayais de comprendre ce qui se passait, je me suis rendu compte qu’on roulait déjà vers une destination que seuls les kidnappeurs connaissaient. Après un long trajet, on s’est retrouvés dans une parcelle. Je l’ai su malgré mes yeux bandés parce que j’ai entendu quelqu’un est venir ouvrir le portail.

Une fois à l’intérieur, on m’a jeté par terre après m’avoir délié les mains et enlevé le linge qui me bandait les yeux. C’était une sorte de vaste entrepôt à peine éclairé à l’intérieur. Mes kidnappeurs avaient des cagoules au visage. Difficile de les identifier. On m’a déshabillé après avoir pris 12000 francs que j’avais en poche et mon téléphone avec une solde du compte mobile monnaie d’environ 320.000 francs congolais.

Mes bourreaux étaient des jeunes. Ils devraient avoir entre 20 et 25. Mais ils avaient un chef qui leur donnait des ordres. C’était un papa d’une cinquantaine d’années. Ne sachant pas le sort qui m’était réservé, j’ai commencé à prier du fond de mon cœur : «si c’est toi qui avais prévu que je périsse entre les mains des kidnappeurs, que ta volonté s’accomplisse ».

Pendant ce temps, les histoires sur le commerce des organes humains tels que les reins relayés dans les réseaux sociaux me traversaient la tête. Et j’étais convaincu que c’était fini pour moi. Soudain j’ai aperçu un des bourreaux s’approcher de là j’étais. C’était apparemment leur chef. « Pourquoi vous m’avez ramené ce type ? Ce n’est pas le genre de personnes dont j’ai besoin. Dégagez le d’ici », a-t-il tonné.

Mes ravisseurs m’ont à nouveau bandé les yeux et lié les poings avant de me jeter dans le même véhicule. Après environ 15 minutes de route, on m’a enlevé le bandeau sur les yeux avant de me projeter du véhicule qui roulait à une vitesse estimée à 40 kilomètres à l’heure.

Je me suis retrouvé sur le trottoir de l’avenue des poids lourds, à côté de la concession de l’office des routes. Visage tuméfié, blessures aux genoux et sur les coudes. Il était près de 23 heures. Il n’y avait personne à part quelques rares véhicules qui passaient.

Je suis allé à un poste de la police installé à plus ou moins 150 mètres de là où mes kidnappeurs m’avaient jeté. Je leur ai expliqué ce qui m’était arrivé. Les policiers qui y étaient m’ont dit que j’avais vraiment de la chance parce que la plupart des personnes que des criminels jettent à cet endroit là c’est souvent des cadavres. Je suis resté au poste de la police jusqu’à 5 heures 30 minutes.

A la maison pendant ce temps, c’était déjà le deuil. Ma femme et mes enfants qui ne sont pas parvenus à me joindre durant toute la nuit se sont dit que je dois avoir été soit victime d’un accident ou de kidnapping. Ils sont allés me chercher chez l’ami à qui j’avais rendu visite sans succès.

Quand j’ai quitté le poste de police, j’ai fait le pieds jusque chez le même ami chez qui j’étais parti avant d’être kidnappé. Je lui ai expliqué ce qui m’est arrivé. Il a décidé de me raccompagner chez moi où j’ai trouvé ma famille en train de pleurer.

Propos recueillis par François WALY

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