Acteurs de la société civile et politiciens du Sud-Kivu soupçonnés d’attiser des conflits intercommunautaires
La République démocratique du Congo est loin d’en finir avec ses multiples conflits intercommunautaires. Comme une traînée de poudre, ce fléau ne cesse de gagner du terrain. Même les zones jadis considérées comme des îlots de paix, ne sont plus épargnées par ce phénomène social.
Dans la province du Sud-Kivu, certains leaders d’opinion ne se cachent pas pour soupçonner ouvertement les acteurs de la société civile et les opérateurs politiques d’en être de vrais instigateurs.
Dans une interview accordée récemment à l’agence congolaise de presse, Yves Malipo, président du conseil d’administration d’une Asbl dénommée Solidarité des jeunes Fuliiru mondiale (SOJEF-M), a ouvertement mis en cause des acteurs de la société civile et des opérateurs politiques.
« Nous avons deux sortes d’acteurs qui sont en train d’amplifier cette situation. D’un côté les acteurs de la société civile qui courent derrière le financement justifiant leurs projets en montrant qu’il y a un conflit intercommunautaire entre les deux tribus », a-t-il dit.
Et d’ajouter : « De l’autre côté, des politiciens à mal de positionnement, des gens qui n’ont pas de bilan à présenter à la population, s’enferment derrière les discours ethniques pour pouvoir s’attirer la sympathie d’une partie de la population mais en réalité ces conflits intercommunautaires n’existent pas à Uvira ».
Des conflits intercommunautaires utilisés comme fond de commerce
- Mulipo est allé plus loin dans son raisonnement, proposant même l’idée de rupture de financement dont bénéficient ces acteurs comme solution définitive à ce fléau qui gangrène le pays.
« Les donateurs qui financent les projets de cohésion sociale, ce sont eux qui financent aussi les discours de haine et l’accélération des conflits parce qu’ils donnent des financements aux gens qui sont en train d’alimenter le conflit »,a-t-il soutenu.
A son avis, les bailleurs de fonds financent généralement des projets en vertu d’une certaine conviction d’après laquelle il existe un conflit intercommunautaire tout en ignorant qu’ au même moment ils sont en train de contribuer à amplifier les discours tribaux.
« Les gens pour justifier leurs projets doivent montrer qu’il y a un conflit, un problème, que ça brûle et si on ne fait rien il risquerait d’avoir un bain de sang. Mais tout ça n’a pas de sens et ça n’existe pas », dit-il.

Toutes les provinces de la RDC contaminées par les conflits intercommunautaires
A Kisangani, chef-lieu de la province de Tshopo, ce sont les communautés Mbote et Lengola qui continuent de s’entretuer malgré les initiatives de paix menées par les autorités. A la frontière entre Kinshasa et la province voisine du Kwango, le conflit entre les tribus Yaka et Teke a donné naissance à la milice Mobondo que l’armée nationale s’active à neutraliser.
L’inimitié qui a caractérisé la difficile cohabitation entre des tribus en Ituri a vu naître diverses milices. Les tensions entre les groupes ethniques Hema essentiellement éleveurs, et Lendu principalement agriculteurs, remontent à l’époque coloniale, lorsque les autorités belges ont favorisé les Hema, exacerbant ainsi les rivalités.
Les affrontements ont éclaté de manière significative en 1999, entraînant des violences meurtrières jusqu’en 2003. Après une période de relative accalmie, le conflit a resurgi en 2017, causant des milliers de morts et des déplacements massifs de populations.
Plusieurs milices, telles que la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), composée principalement de membres de la communauté, sont impliquées dans ces violences. Ces groupes sont accusés de massacres, de violences sexuelles et d’autres exactions contre les civils.
Selon des analystes, tous ces conflits intercommunautaires résultent de tensions ethniques, politiques, économiques et foncières. Ils sont exacerbés par la présence de groupes armés et l’abondance des ressources naturelles, qui attisent les rivalités.
François WALY
