Criminalité à Kinshasa : Des quartiers plongés dans la terreur face aux incursions armées nocturnes
La criminalité urbaine franchit un nouveau palier inquiétant à Kinshasa. Aux braquages et enlèvements meurtriers qui ont endeuillé de nombreuses familles au cours du premier semestre 2025 s’ajoutent désormais des incursions armées nocturnes. Dans certaines communes, les habitants vivent dans l’angoisse permanente, redoutant chaque nuit des visites violentes et imprévisibles.
Selon des sources issues des services de sécurité et des autorités municipales, les célèbres « Kuluna » délinquants urbains bien connus à Kinshasa seraient désormais recrutés comme auxiliaires dans l’exécution de ces attaques. Pour chaque cas signalé, les témoignages concordent : des hommes armés, parfois vêtus de tenues militaires, opèrent aux côtés de civils armés de machettes, semant la terreur sur leur passage.
Selembao en première ligne
La commune de Selembao figure parmi les plus touchées par cette vague de criminalité. Chaque semaine, des cas de vols en série y sont enregistrés. Le plus marquant s’est produit au début de la seconde quinzaine de septembre, au quartier Kitokimosi, sur l’avenue Kinsala. Plus d’une vingtaine de maisons ont été visitées par un groupe armé.
Selon les victimes, les assaillants étaient une douzaine : deux portaient des uniformes militaires et étaient armés de fusils, tandis que les dix autres, identifiés comme des Kuluna, étaient munis de machettes. « Ils passaient de maison en maison, extorquant argent et biens de valeur comme les téléviseurs, frigos… Toute personne qui résistait était blessée à la machette », rapporte une résidente encore sous le choc.

Mont-Ngafula : l’appel à l’aide de Mitendi
Le 19 septembre, les habitants du quartier Mitendi, dans la commune périphérique de Mont-Ngafula (ouest de Kinshasa), ont tiré la sonnette d’alarme face à l’escalade de l’insécurité.
« Que les autorités nous viennent en aide ! Il ne se passe plus une semaine sans que des bandits armés ne fassent irruption dans nos maisons pour voler, violer ou terroriser. Cela devient une habitude », alerte Adèle Shimba, cheffe du quartier Mitendi.
Selon elle, les habitants vivent dans une peur constante. Rares sont ceux qui parviennent à dormir sereinement. Certains criminels vont jusqu’à casser murs et portes métalliques à l’aide de marteaux, tenailles et cisailles pour pénétrer chez leurs cibles.

Des témoignages glaçants
Marlène Lushima, gérante d’une alimentation à Mitendi, raconte avec émotion l’attaque subie dans la nuit du 18 au 19 septembre :
« Des voleurs armés ont brisé la vitrine de ma boutique, emporté de l’argent et tout ce qu’ils pouvaient. Ils ont pris plus de cinq millions de francs congolais, une importante somme en dollars, des sacs de semoule, de lait, ainsi que plusieurs bidons d’huile. Ce n’est pas la première fois. Ils sont aussi allés chez plusieurs de mes voisins. »
Un climat d’impunité persistant
Malgré les patrouilles nocturnes de la police et quelques arrestations de suspects, l’insécurité demeure préoccupante. Dans plusieurs communes comme Selembao, certains jeunes sont soupçonnés de complicité avec ces groupes criminels.
L’ampleur de cette criminalité nocturne pose avec acuité la question de l’efficacité des dispositifs de sécurité publique. De nombreux habitants appellent à des mesures urgentes, concrètes et durables pour restaurer un climat de paix dans leurs quartiers.
François WALY
Pour KinshasaMagazine.cd
