16/02/2026

Dan BONGANGA, témoin oculaire du vandalisme au Stade des Martyrs : “Ce qui s’est passé est une honte nationale

Après la défaite de la RDC face au Sénégal, des actes de vandalisme ont été enregistrés au Stade des Martyrs de Kinshasa. Des sièges ont été arrachés, des installations cassées. Dan BONGANGA, analyste sportif et témoin oculaire, revient sur ces événements et en analyse les conséquences.

 

Dan BONGANGA :

Oui, j’y étais. Ce que j’ai vu est tout simplement désolant. L’ambiance était pourtant très festive avant le coup d’envoi. Le stade était plein bien avant le début du match, et les supporters avaient répondu massivement à l’appel. On sentait une vraie ferveur.

 

Mais à la fin, les émotions ont pris le dessus sur la raison. Déçus par la défaite, certains supporters ont commencé à casser, démonter des sièges, vandaliser les installations. Ce n’était ni une réaction appropriée ni excusable. Si le message à faire passer était la déception, il aurait mieux valu quitter le stade en silence. Un stade vidé de ses supporters aurait été un signal fort pour les joueurs, bien plus puissant que la violence.

 

Kinshasamagazine.cd : Comment expliquez-vous un tel comportement de la part des supporters ?

 

Dan BONGANGA :

C’est une question de culture sportive et de civisme. Malheureusement, beaucoup pensent que la violence est un exutoire lorsqu’on est frustré, surtout dans un cadre aussi émotionnel que le football. Mais ce n’est pas acceptable.

Il faut éduquer la masse. Contrairement à ce qu’on dit souvent, la foule peut réfléchir, elle peut être encadrée et responsabilisée. Cela passe par l’exemplarité, mais aussi par des mesures concrètes. Il est temps d’appliquer des sanctions sévères. Ceux qui détruisent un bien public doivent répondre de leurs actes, comme n’importe quel délinquant. On doit engager des poursuites judiciaires. Des vidéos circulent, les visages sont identifiables. La justice doit faire son travail.

 

Kinshasamagazine.cd : Quelles pourraient être les conséquences pour la RDC ?

 

Dan BONGANGA :

Il y aura sans doute des sanctions. Rappelons le précédent du Nigeria après les incidents lors du barrage face au Ghana pour la Coupe du Monde 2022 : le stade avait été suspendu, et la fédération nigériane avait écopé d’une lourde amende de plus de 100 000 francs suisses.

 

Pour nous, un huis clos au Stade des Martyrs est à prévoir. Mais cela dépendra aussi de l’état dans lequel le stade sera remis. Si les normes FIFA ne sont pas respectées, nous pourrions être contraints de jouer à Lubumbashi, ou même dans un pays étranger, si par exemple Moïse Katumbi ne met pas son stade à disposition.

 

C’est un vrai coup dur, surtout quand on sait que le Stade des Martyrs est actuellement le seul à Kinshasa qui réponde – ou répondait – aux exigences internationales.

 

Kinshasamagazine.cd : La défaite contre le Sénégal était-elle inévitable ?

 

Dan BONGANGA :

Sur le plan sportif, la défaite peut s’expliquer. Le Sénégal est une grande nation de football, double participant à la Coupe du Monde, avec une équipe solide, invaincue sur plus de 20 matchs, et des joueurs évoluant dans les meilleurs clubs d’Europe.

 

À l’inverse, notre équipe comptait plusieurs joueurs en manque de rythme : Masuaku, Wissa, Mbemba, Meshack, Bertaud… Certains n’avaient même pas encore joué cette saison. Cela pèse énormément à ce niveau.

 

Malgré cela, nous avons marqué deux fois contre une défense sénégalaise très expérimentée, ce qui est une belle performance. Malheureusement, nous n’avons pas su gérer l’avance et nous avons concédé trop facilement. Il faut apprendre à maintenir la pression et à gérer les temps faibles.

 

Kinshasamagazine.cd : Un dernier mot ?

 

Dan BONGANGA :

Ce qui s’est passé au Stade des Martyrs est plus qu’un simple acte de vandalisme : c’est un sabotage de nos propres ambitions sportives. Détruire un bien public, c’est hypothéquer l’avenir de notre jeunesse. Nous devons tous, dirigeants, supporters, médias, travailler à bâtir une culture du sport basée sur le respect, la discipline et la responsabilité.

 

 

 

Propos recueillis par Magloire Mfumuamba

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