Gede Luiz Kupa, chroniqueur sportif :« Le sélectionneur Desabre a souvent fait de mauvais choix, au mauvais moment, avec des profils inadaptés »
La défaite de la RDC face à l’Algérie continue de faire couler beaucoup d’encre. Les Congolais, qui espéraient voir les Léopards atteindre le dernier carré de la compétition, voire disputer la finale, ont du mal à panser cette blessure. Un sentiment largement partagé, comme en témoigne cet entretien accordé à Kinshasamagazine.cd par le chroniqueur sportif Gede Luiz Kupa.
Kinshasamagazine.cd : Comment avez-vous trouvé le niveau des joueurs congolais sur la pelouse face à l’Algérie ?
Gede Luiz Kupa :
Pour commencer, j’estime que les joueurs présents sur le terrain ont tout donné, en fonction de leurs qualités. Ils ne pouvaient pas faire plus. Tenir pendant près de 120 minutes face à une sélection algérienne talentueuse à tous les postes, avec une qualité intrinsèque supérieure à la nôtre, notamment sur le plan individuel, n’était pas une mince affaire.
L’état d’esprit et le collectif mis en place au sein de la sélection congolaise sont à saluer. Cependant, il existe des limites en matière de qualité individuelle à plusieurs postes, et c’est cela qui a fait la différence. D’où l’importance d’avoir des attaquants évoluant dans de bons clubs et régulièrement titulaires. Cela nous a clairement manqué.

KM : Qu’est-ce qui a manqué dans cette ossature de la RDC pour battre l’Algérie ?
Gede Luiz Kupa :
À mon avis, il nous manque un milieu de terrain à l’image du Nigérian Alex Iwobi, capable de casser les lignes défensives adverses grâce à des passes verticales et précises. Nous avons du mal à créer du danger offensivement.
Refuser la possession et jouer en contre est une chose, mais avec quels profils de joueurs ? Quelle animation ? Comment créer du surnombre en phase offensive ? Faut-il que Wan-Bissaka le fasse en permanence ? Résultat : il s’épuise rapidement.
KM : Peut-on dire que la RDC ne dispose pas encore de joueurs de très haut niveau ?
Gede Luiz Kupa :
Permettez-moi d’être un peu dur envers certains joueurs, mais je pense que nous manquons de joueurs de haut niveau sur les côtés. J’estimais toutefois que Brian Cipenga aurait pu être lancé dans ce match. Avec sa vitesse, ses dribbles et sa capacité de percussion, il aurait pu apporter du danger.
Malheureusement, c’est Mbuku qui est entré en jeu. J’apprécie ce joueur, mais il n’est pas encore mûr pour les grands matchs. Il doit évoluer face à des adversaires un peu plus faibles. Il l’a déjà montré contre le Sénégal, et je n’ai pas compris ce choix.
Meschack Elia, en dehors de sa capacité à défendre et à aider son latéral, est de moins en moins inspiré offensivement, ce qui est inquiétant pour un joueur à vocation offensive. Quant à Gaël Kakuta, il n’avait pas sa place dans ce match au vu de l’intensité requise. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, mais hélas…

KM : Que dites-vous de la gestion du match par le sélectionneur Sébastien Desabre ?
Gede Luiz Kupa :
Le sélectionneur a également rencontré des difficultés dans la gestion des changements. Tout au long de cette CAN, il a souvent fait de mauvais choix, au mauvais moment, avec des profils inadaptés.
Face à l’Algérie, par exemple, alors que Chancel Mbemba était complètement épuisé, tout comme Moutoussamy — qui a d’ailleurs dû sortir — il aurait fallu, selon moi, faire entrer un défenseur central afin de solidifier l’arrière-garde et gérer les dernières minutes.
Tout le monde avait compris que la dernière option envisagée par Desabre était la séance des tirs au but, d’où le changement improvisé de Pickel, initialement prévu pour Fayulu. Malheureusement, la blessure de Moutoussamy est venue bouleverser ses plans.
KM : Les Léopards sont à un pas d’un rendez-vous historique au mois de mars prochain. Que faut-il corriger pour décrocher ce ticket qualificatif pour la Coupe du monde, que la RDC poursuit depuis 50 ans ?
Gede Luiz Kupa :
En conclusion, le vin est tiré, il faut le boire. J’espère que les leçons ont été tirées et qu’elles serviront à bien préparer les rencontres de mars face à la Jamaïque ou à la Nouvelle-Calédonie.
Sur le papier, ce sont des équipes plus faibles, mais attention ! Ce n’est pas le même football que celui pratiqué en Afrique. On peut tenir tête au Sénégal et à l’Algérie, puis se faire surprendre par des équipes hors du continent africain. Le secteur offensif doit être renforcé le plus rapidement possible.

Propos recueillis par
Magloire Mfumambala
