Jean-Christome KIJANA, President national de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile « La chaire humaine est en train d’être consommée en plein air à Bukavu, sous la responsabilité de l’Afc M23 »
C’est un véritable cri d’alarme que lance la Nouvelle Dynamique de la Société Civile (NDSCI) dont le president, Jean-Christophe Kijana, dénonce le cannibalisme ainsi que des pratiques humiliantes caractérisées par des tortures, enlèvements et bastonnades dans la ville de Bukavu où la situation d’insécurité s’est empirée avec la présence des rebelles du M23 appuyés par l’armée rwandaise.
Interview exclusive de Kinshasamagazine.cd
Kinshasamagazine.cd:
Monsieur le président national de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC (NDSCI) , votre structure est bien implantée au Sud Kivu et dans d’autres provinces du pays. Ce qui vous permet d’avoir une large lecture de la situation sécuritaire générale. Quelle est la situation aujourd’hui dans la ville de Bukavu?
Jean-Christome Kijana:
Il faut d’abord préciser que la situation sécuritaire actuellement dans la ville de Bukavu est invivable. Ça on ne doit pas avoir peur de le dire. La situation est telle qu’elle est, elle est extrêmement critique, nous n’avons jamais connu ce que nous sommes en train de connaître dans la ville de Bukavu.
Avec tout ce qui se passe, des tueries à gauche et à droite, des gens qui sont bastonnés, torturés, on dirait qu’on est rentré à l’époque même de l’avant colonisation où l’homme noir n’avait pas droit au chapitre, ni à la parole.
C’est ce que nous sommes en train de vivre actuellement à Bukavu. Nous sommes en train de déplorer et condamner avec la toute dernière énergie cette résurgence de la violence et nous ne le dirons jamais assez, la violence n’a jamais résolu quoi que ce soit.
KM: Entre l’avant prise de Bukavu par les rebelles du M23 et l’après prise de cette ville, quelle est la période où la population a beaucoup plus été en insécurité ?
Jean-Christome Kijana:
On doit le dire, bien avant la chute de la ville de Bukavu, quelques jours qui ont précédé cette chute entre les mains de la rébellion du M23, il y a eu insécurité qui a été causée par des militaires indisciplinés, notamment du bataillon qu’on appelait guépard et par la suite ils sont partis. Les rebelles sont arrivés dans la ville et la situation ne s’est pas améliorée. Je dirais que la situation s’est même détériorée et ne fait que s’empirer et cela a plusieurs raisons.
« (…)cette pratique humiliante de se livrer au cannibalisme est inacceptable et nous ne cesserons jamais de le décrier (…) »
KM: Selon vous, quelle est la cause de cette situation ?
Jean-Christome Kijana:
Parmi les raisons, il y a ce phénomène de tous ces prisonniers, des bandits et criminels de grand chemin qui se sont évadés de la prison à la veille de la prise de Bukavu, et tous ces criminels aujourd’hui sont en train de causer du tort à la population.
De l’autre côté, il y a cette incapacité notoire des responsables de la rébellion du M23-AFC, qui ne sont pas à mesure de sécuriser la population et ça nous devons le dire. Tout ce qui se passe à Bukavu, on doit le mettre sous la responsabilité de qui? c’est sous la responsabilité de l’Afc M23, parce que c’est eux qui contrôlent la ville de Bukavu.
On ne doit pas dire que c’est le gouvernement de Kinshasa qui a été incapable de quoi que ce soit, c’est la rébellion de l’AFC M23 qui a le contrôle de la ville de Bukavu. Et donc si l’on peut demander des comptes un jour, c’est à eux qu’on va demander des comptes. Les gens sont en train d’être tués, massacrés, bastonnés, des jeunes sont en train d’être brûlés vifs, la chaire humaine est en train d’être consommée en pleine air, et c’est sous la responsabilité de l’Afc M23.
Dans notre lettre ouverte qu’on a eu à adresser aux responsables de l’Afc M23, notamment leur coordinateur Corneille Nangaa, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile a attiré l’attention de ce responsable du M23, nous leur avons fait même des propositions concrètes et pratiques parce que nous nous sommes la société civile de participation, une société civile de contribution.
Nous ne nous limitons pas seulement à critiquer mais nous allons au delà, nous avons donné des pistes de solutions, nous avons dit aux responsables du M23, qu’ils doivent prendre des mesures idoines, de dispositions qui s’imposent pour que la sécurité de personnes et leurs bien soient leur priorité. Est ce que cela a été fait? Ça n’a pas été fait. Ils nous ont promis que les dispositions seront prises mais jusque là aucune.
« Nous sommes horrifiés, scandalisés, terrifiés et sidérés en constatant le degré de violence actuellement en cours dans la ville de Bukavu »
KM: Certaines vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux font état des mauvais traitements que les rebelles du M23 réservent aux personnes soupçonnées de collaborer avec les FARDC ou les Wazalendo. Notamment des bastonnades. Est ce que ces informations sont vraies? Avez vous été témoin d’un cas pareil? Est ce qu’un tel cas vous a été rapporté ?
Jean-Christome Kijana:
Nous sommes horrifiés, scandalisés, terrifiés et sidérés en constatant le degré de violence actuellement en cours dans la ville de Bukavu. Les vidéos sont bel et bien authentiques et plusieurs victimes sont déjà enregistrées. Une situation que nous sommes en train de condamner.
Aussi la population doit cesser avec la pratique de justice populaire. Nous sommes en train de nous adresser à la population de Bukavu, à la jeunesse de Bukavu, aux gens qui sont à Bukavu, nous devons leurs dire que la violence c’est pas l’un de nos caractères, le recours à la violence, l’intolérance, c’est pas dans nos habitudes, c’est pas dans nos gènes.
Il est de notre responsabilité collective comme jeunesse de Bukavu, comme parent, comme homme et femme, comme leaders religieux, leaders sociaux, leaders communautaires, de nous mettre ensemble et dire à la population de Bukavu, que la violence et cette pratique humiliante de se livrer au cannibalisme est inacceptable et nous ne cesserons jamais de le décrier.

« Le cannibalisme est une malédiction que nous sommes en train de nous attirer sur la ville de Bukavu et c’est pourquoi nous lançons un appel à la jeunesse, cessez avec cette pratique »
KM: Quel est le point de vue de la société civile du Sud Kivu par rapport aux négociations entre les M23 et le gouvernement de Kinshasa ?
Jean-Christome Kijana:
Comme nous l’avions dit, notre plus grand souci actuellement, c’est le retour de la paix, de la sécurité, de la stabilité et du calme dans notre pays, de manière particulière dans la partie Est de la RDC. Et pour arriver à cette paix, nous sommes sûrs et certains que les voies violentes, la voie militaire, celle des armes ne va pas produire les résultats escomptés.
« (…)Comme société civile du Kivu, nous ne sommes pas d’accord avec les consultations parce que c’est une perte de temps et une occasion donnée aux mêmes gens qui nous ont mis dans les conditions qui sont les nôtres aujourd’hui (…) »
KM: Pensez vous que les consultations politiques initiées par le président Tshisekedi pour former le gouvernement d’union nationale vont permettre le retour de la paix dans l’Est de la RDC?
Jean-Christome Kijana:
S’agissant même des consultations menées à Kinshasa par le Conseiller spécial du chef de l’Etat, nous comme société civile du Kivu, nous ne sommes pas d’accord avec ces consultations parce que pour nous c’est une perte de temps inutile et une occasion de plus pour les mêmes gens qui nous ont mis dans des conditions qui sont les nôtres aujourd’hui.
Nous pensons que ce sont des gens qui ont été incapables de mettre fin à la guerre, des gens qui se sont illustrés dans la corruption, les détournements, le vol des deniers publics, l’arbitraire. Ce n’est pas normal que ces mêmes gens puissent aujourd’hui se faire consulter pour arriver à former un gouvernement d’union nationale.
Est-ce que le problème aujourd’hui au Congo, c’est un problème du gouvernement d’union nationale ? La réponse est non. Le problème c’est un problème d’hommes , un problème d’acteurs , un problème des dirigeants politiques et de la classe politique. Nous ne pouvons pas nous attendre aux résultats parce que c’est sont les mêmes gens qui nous ont mal gouverné.

Propos recueillis par Kinshasa Magazine
