17/02/2026

Le beau et majestueux fleuve Congo serait-il devenu un dangereux meurtrier en série?

La République démocratique du Congo n’en finit pas de compter des morts et personnes portées disparues suite aux naufrages à répétition. Entre mai et octobre 2024, la radio onusienne Okapi a recensé 185 décès, plus de 600 personnes disparues et 275 secourues des suites d’accidents de navigation . Sans être exhaustifs, ces chiffres illustrent l’ampleur du problème et l’urgence d’une réaction soutenue par des mesures fortes du pouvoir public.

 

Le mardi 22 avril  2025 dernier, une embarcation en provenance de Brazzaville percute un tronc d’arbre flottant sur le fleuve avant d’aller chavirer non loin du Beach Ngobila. Bilan du  sinistre : trois morts parmi lesquels une femme et deux enfants, cinq personnes portées disparues dont un membre de l’équipage et neuf rescapés.

 

Moins d’une semaine avant, c’est-à-dire le 15 avril, c’est une autre embarcation motorisée en bois, baptisée HB Kokolo, qui a pris feu sur le fleuve Congo au moment où elle devrait assurer la liaison entre le port de Bolenge et le village de Ngbondo, dans la province de l’Equateur. Le bilan macabre dressé par les autorités est très lourd: 148 passagers morts par noyade et une centaine d’autres portés disparus.

 

Infrastructures limitées, une régulation insuffisante du transport fluvial et lacustre

 

Outre ce que l’on pourrait qualifier des cas exceptionnellement isolés, la succession de ces tragiques accidents sur le fleuve Congo relance le débat sur les normes de sécurité en matière de transport fluvial. De l’analyse des observateurs, la responsabilité dans ces drames à répétition reste partagée entre armateurs et autorités de tutelles. Des mesures prises après chaque cas de naufrage mortel ne sont pratiquement jamais respectées.

 

En effet, d’après les spécialistes de ce domaine, les naufrages à répétition en République démocratique du Congo sont attribués à plusieurs facteurs interdépendants, exacerbés par des infrastructures limitées, une régulation insuffisante du transport fluvial et lacustre. Ce qui explique la raison pour laquelle ces incidents tragiques sont fréquents sur le fleuve Congo, les lacs et les rivières du pays, entraînant régulièrement des pertes humaines importantes.

 

Au nombre de principales causes figure en bonne place la surcharge des embarcations. De nombreux bateaux transportent bien au-delà de leur capacité maximale, tant en passagers qu’en marchandises. Lors d’un naufrage sur le lac Mai-Ndombe, par exemple, des marchandises étaient même posées sur le toit de la baleinière, réduisant considérablement sa stabilité .

 

 

Embarcations vétustes, absence de réglementation et de contrôle

 

 

Autre cause, la vétusté et mauvais entretien des bateaux. Une grande partie de la flotte fluviale est constituée d’embarcations anciennes et mal entretenues. Ce qui augmentant les risques de défaillance mécanique et d’accidents. A cela s’ajoute la navigation de nuit, souvent sans éclairage ou projecteurs appropriés, comme cela a été observé lors d’un accident survenu près du village d’Engengele.

 

Autre problème qui devrait interpeller armateurs et autorité de tutelle, c’est l’absence de réglementation et de contrôle. Le manque de réglementation stricte et de contrôle efficace du trafic fluvial expose les passagers à des risques accrus. L’absence de surveillance demeure un prétexte qui pousse les les opérateurs de négliger les normes de sécurité essentielles.

 

L’existence de nombreux points d’embarquement clandestins complique également la régulation du transport fluvial et favorise des pratiques dangereuses, telles que le non-respect des mesures de sécurité et la surcharge des pirogues. Le personnel navigant est souvent peu ou pas formé aux normes de sécurité et aux procédures d’urgence, ce qui limite leur capacité à prévenir ou à gérer efficacement les situations critiques.

 

 

Une bonne régulation du secteur et le respect des normes réduirait de façon drastique la récurrence des naufrages sur le fleuve Congo.

 

 

François WALY

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