04/04/2026

Le phénomène kuluna continue de faire des ravages

Le banditisme urbain entretenu par des groupes de gangs communément appelés « kuluna » donne du fil à retorde aux autorités provinciales de la ville Kinshasa. Plusieurs stratégies utilisées jusque là pour stopper cette délinquance juvénile se révèlent inefficaces. Le phénomène ne cesse de prendre de lampleur malgré la traque de la police marquée par des interpellations et des audiences foraines.

Les victimes de ce phénomène ont cru retrouver la quiétude à la suite de quelques vagues de transfert de récidivistes au service national basé à Kanyama Kasese, dans le grand Katanga, pour une rééducation avant d’être affectés aux activités agricoles. Mais en vain. La lueur despoir na duré que lespace dun matin. Les machettes ont continué de circuler sous les aisselles de ceux qui sen servent pour terroriser les paisibles citoyens à qui ils ravissent argent, téléphone et autre biens de valeur.

Même la campagne de réinsertion sociale organisée depuis mars 2023 par le ministère provincial de lintérieur dans le but de lutter contre le banditisme urbain ne fait pas reculer le phénomène « kuluna ». Il est vrai que certains dentre ces jeunes en rupture avec la société ont été convaincus dabandonner leurs pratiques inciviques moyennant la promesse de réinsertion sociale de lhôtel de ville. Mais ce nest quune goutte deau dans locéan. Plusieurs membres de gangs nont pas renoncé à lusage des machettes qui leur permettent de se faire de largent.

Les quartiers les plus isolés de communes de Selembao, Makala, Nsele, Kinsenso, Kimbanseke, Masina, Ngiri-Ngiri, Bumbu, Ngaliema et Mont-Ngafula constituent les bastions les plus réputées où ces gangs opèrent comme dans un terrain conquis. «Cest pratiquement chaque jour que je reçois des rapports sur les forfaits commis par ces délinquants. Si ce nest pas la nuit, cest en pleine journée », dit le bourgmestre de Selembao.

« Chez nous, il y a des avenues où il ne faut jamais se promener après 20 heures », renseigne, un habitant de Kinsenso, Chico Nzindula, convoyeur dun minibus 207 desservant la ligne Matete-marché Gambela. Il se voit souvent contraint de dormir chez les amis pour éviter de se faire extorquer sa prime journalière de 12000 francs quil gagne au prix de chargement des passagers ponctué des noms répétés à longueur de journée avec une orthographe aux allures dune onomatopée :« Matete Wenze … Matete Wenze… ».

Pour se camoufler et passer ainsi inaperçus devant les non initiés, ces gangs se sont organisés en plusieurs groupes. Les uns se font appelés « Arabes ». Ils sont farouchement opposés aux autres qui se sont appelés « Américains ». Chaque camp adverse revendique dans son imaginaire, le contrôle du coin où se rencontrent ses adeptes.

Si le membre dun gang rival ose fréquenter le terrain adverse, il est copieusement tabassé à laide des armes blanches. Il en résulte parfois des blessures mortelles. Ce qui explique la récurrence des expéditions punitives dun camp contre un autre.  Et pendant la bagarre teintée de jet de projectiles, il sopère une sorte de razzia. Boutiques et étalages se trouvant sur le décor de la scène de violence sont littéralement saccagés en lespace dun quart dheure avant lintervention de la police du reste jugée tardive par les victimes.

Les congolais des décennies soixante, soixante-dix, quatre-vingt et même ceux du début des années quatre-vingt-dix, vivaient à Kinshasa comme le poisson dans leau. Ils pouvaient facilement arpenter avenues et autres grandes artères de la capitale, la nuit comme le jour, sans la moindre inquiétude de se faire extorquer ses biens de valeur ou encore menacer menacer par des porteurs darmes blanches. Plus de 60 ans après lindépendance, beaucoup de choses ont changé. Les  réalités de la vie quotidienne ne sont plus les mêmes.

François WALY et GMKA

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