16/02/2026

Matthias Womumu, bourgmestre de Selembao :

« Selembao ne dispose que de 213 policiers et 65 armes pour sécuriser plus de 767.000 habitants »

 

 

Située dans le sud-ouest de Kinshasa, la commune de Selembao est aujourd’hui l’une des plus touchées par l’insécurité dans la capitale. Cambriolages nocturnes, vols à main armée, et autres formes de criminalité y sont monnaie courante. Face à cette insécurité galopante, le bourgmestre Matthias Womumu dresse un tableau inquiétant de la situation dans sa juridiction. Manque d’effectifs, d’armements, complicité entre criminels et certains jeunes du quartier… Dans cet entretien exclusif avec Kinshasamagazine.cd, il appelle à un sursaut collectif et à l’implication urgente des autorités nationales.

 

     Une commune sous-équipée face à une population dense

 

Kinshasamagazine.cd

 : Monsieur le bourgmestre, quels sont, selon vous, les principaux facteurs à lorigine de linsécurité grandissante à Selembao ?

 

 

Matthias Womumu :

La situation est critique. Selembao, qui s’étend sur une superficie de 23,3 km², ne compte que 213 policiers, dont une partie est inactive, pour une population estimée à 767.678 habitants. À cela s’ajoute un arsenal très limité : seulement 65 armes à feu en bon état. Le ratio est alarmant : un policier pour 3.642 habitants, alors que la norme prévoit un policier pour 300 personnes.

 

Sur le plan sécuritaire, la commune est divisée en deux zones : Nord et Sud.

 

  • Au Nord, nous avons 1 commissariat, 9 sous-commissariats, 10 postes de police et 8 points chauds, pour un effectif de 122 policiers, dont seulement 75 sont actifs. Le reste (47) attendent la retraite. L’armement y est tout aussi limité : 61 armes à feu, dont 40 en état de fonctionnement et 21 défectueuses.
  • Au Sud, on compte 1 commissariat, 8 sous-commissariats et 17 postes de police, avec un effectif de 91 policiers (61 actifs, 30 proches de la retraite), pour 36 armes à feu, dont 25 en bon état et 11 en très mauvais état.

 

    Une police affaiblie et parfois complice

KM

 : La population dénonce également une certaine passivité de la police. Que répondez-vous à cela ?

 

  1. Womumu :

Cette critique est malheureusement fondée. L’inefficacité de la police est due, en grande partie, au manque criant de moyens logistiques. Mais il y a pire : la complicité de certains policiers avec les criminels. Des interventions échouent souvent parce que les bandits sont informés à l’avance par ces éléments infiltrés.

 

Autre problème majeur : le phénomène des « éclaireurs », censés guider les patrouilles. En réalité, certains d’entre eux aggravent l’insécurité. Nous avons pris la décision de les interdire dans toute la commune, mais cette mesure n’est pas toujours respectée par certains commandants des sous-commissariats.

 

KM

 : Vous parlez aussi de la complicité des jeunes de la commune avec les criminels. Pouvez-vous en dire plus ?

 

  1. Womumu :

Oui, c’est une réalité troublante. Les attaques à main armée sont souvent menées avec la complicité de jeunes vivant dans les quartiers concernés. C’est pour cela que je lance un appel solennel à la jeunesse de Selembao : désolidarisez-vous des criminels. Les suspects arrêtés sont, dans la majorité des cas, issus de la commune elle-même.

 

Un criminel ne vient jamais opérer dans une zone qu’il ne connaît pas. Il est toujours accompagné d’un habitant qui maîtrise les lieux. D’ailleurs, les 13 personnes que j’ai récemment transférées à l’inspection provinciale de la police sont toutes originaires de Selembao. Ils servaient de guides aux bandits

 

KM

 : Quelles actions concrètes avez-vous mises en place pour renforcer la sécurité dans la commune ?

 

  1. Womumu :

Nous travaillons avec la police pour renforcer la présence dans les quartiers les plus touchés, notamment Badiadingi, qui est devenu un véritable repaire de malfrats. La plupart des attaques à Ngafani sont perpétrées par des individus venant de là, qui traversent la rivière Kalamu pour opérer.

 

D’autres criminels viennent aussi de la commune voisine de Makala, en passant par le quartier Pululu Mbambu pour atteindre Ngafani. Nous avons identifié ces routes et renforçons progressivement les dispositifs de surveillance dans ces zones stratégiques.

 

Propos recueillis par François WALY

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