17/02/2026

Me Pathouben PANZU President fédéral du parti Ensemble pour la République : « Je crains fort qu’il y ait des grincements de dents après la mise en place au sein des institutions »

La République démocratique du Congo reste suspendue dans lattente de la mise en place des institutions issues des dernières élections générales. Si pour la présidence on sait que Félix Tshisekedi a succédé à lui-même, ce nest pas le cas  pour les autres institutions du pays dont la désignation des animateurs est attendue avec impatience. Quelle sera la taille du prochain gouvernement ? Qui en sera le chef ? Qui prendra le perchoir de lassemblée nationale et du sénat ? Les candidats députés dont le vote a été annulé par la CENI ont-ils droit au chapitre ? Maître Pathouben PANZU, président fédéral du parti Ensemble pour la République, formation politique de Moïse Katumbi, répond aux questions de Kinshasamagazine.cd

Kinshasa Magazine : Quelles sont, selon vous, les différentes contraintes auxquelles il faut faire face pour constituer un gouvernement?

Me Pathouben PANZU: Le chef de l’Etat doit user de beaucoup de sagesse pour éviter de reproduire les mêmes erreurs commises dans son premier mandat. Il l’a bien rappelé dans son discours d’investiture. Cela veut dire tout simplement qu’il a appris beaucoup de choses de ses erreurs du passé.

Si le gouvernement de son quinquennat passé était gigantesque, il doit donc le réduire au maximum pour cette nouvelle mandature. Il ferait bien de se débarrasser du clientélisme politique, le tribalisme et le népotisme.

KM: Sil vous était demandé de proposer une répartition des postes de responsabilité dans la mise en place des institutions de ce quinquennat, comment procéderiez vous au regard du grand nombre d’élus issus de lUnion sacrée?

Me Pathouben PANZU: Je proposerai par exemple que le gouvernement à mettre en place  soit composé des personnes autres que celles qui ont obtenu des sièges à l’assemblée nationale ou provinciale. Que ces personnes  restent là où le peuple les a mandatées. Je le dis parce que la plupart part de ces élus ont pour suppléants leurs frères et leurs femmes.

Au cas où on les reprendrait dans le gouvernement, tous les avantages vont rester dans leurs familles. Il faudra penser aussi à récompenser les autres personnes qui n’ont pas été élues ou celles qui ne se sont pas présentées aux élections. Parce que, d’une manière ou d’une autre, toutes ces personnes qui appartiennent aux formations politiques de l’union sacrée ont contribué à leurs manières à la victoire du régime au pouvoir.

KM: Quel serait le poids des nouvelles plateformes politiques qui ont vu le jour après la publication des résultats dans cette mise en place?

Me Pathouben PANZU: Le chef de l’Etat devrait tout faire pour préserver la cohésion au sein de l’union sacrée. Si le président prend par exemple l’assemblée nationale, il devrait céder le poste de premier ministre et celui du président du sénat à d’autres formations politiques de l’union sacrée. De toutes les façons je crois que toutes les forces politiques de l’union sacrée vont s’entendre pour voir ce qu’elles vont faire dans le partage des postes de responsabilité dans toutes les institutions.

L’union sacrée a tout intérêt à bien travailler pour réussir son quinquennat. Sinon, elle risque d’enregistrer des départs  comme sous le régime du président Kabila dont certains cadres ont quitté pour aller créer d’autres groupements politiques comme le G7. Et ça sera une opposition dans l’union sacrée. Il faut que le chef de l’Etat parle bien avec ses partenaires.

        « Ça ne sert à rien davoir un gouvernement de 60 ou 50 ministres pour la RDC qui a beaucoup de problèmes ».

KM: Les gouvernements précédents étaient éléphantesques. Pensez-vous que ce grand nombre répondrait à un impératif defficacité dans la constitution du futur gouvernement?

Me Pathouben PANZU: Ça ne servirait à rien d’avoir un gouvernement de 60, 50 ou 40 ministres pour un pays comme la RDC qui est confrontée à beaucoup des problèmes et qui cherche à émerger. A mon avis, il y a des ministères qui doivent être fusionnés en un seul. Ça permettrait de réduire aussi les dépenses publiques. Il n’y a pas que les ministères. Il y a aussi les postes de mandataires publics que l’on pourrait attribuer à ceux qui n’ont pas le postes ministériels.

Mais si on veut satisfaire tout le monde, croyez moi, le chef de l’Etat ne fera rien de spécial par rapport à son programme retenu pour cette deuxième mandature. Les jours passent, le temps passe, les heures passent, le peuple attend et ça rentre dans le bilan du chef de l’Etat pour ce deuxième quinquennat. N’oubliez pas que nous sommes en train de compter les jours depuis son investiture.

«Lunique personne qui peut parler au nom de lopposition aujourdhui cest Moïse Katumbi parce quil a été proclamé deuxième après la présidentielle de 2023»

KM: Pensez-vous que lopposition pourrait accepter la main tendue du président de la République ?

 

Me Pathouben PANZU: Le chef de l’Etat a tendu la main à l’opposition. Mais vous devez savoir que c’est constitutionnel malgré le fait que la mise en application de cet aspect de choses n’a jamais été effective depuis le régime de Kabila jusqu’à ce jour. Tout ce que nous de l’opposition pouvons attendre, c’est de voir le président concrétiser cette volonté. Ce serait étonnant par exemple de le voir imposer un porte-parole de l’opposition autre que celui désigné conformément à la Constitution .

Nous n’aimerions pas voir le chef de l’Etat aller puiser dans la société civile ou dans une opposition montée de toute pièce et facilement manipulable par le pouvoir. L’unique personne qui peut parler au nom de l’opposition aujourd’hui c’est Moïse Katumbi parce qu’il a été proclamé deuxième après la présidentielle de 2023. Il est d’office le porte-parole de l’opposition au regard de la loi.

 « Il faut savoir qu’il y a des institutions qu’on ne cède pas »

KM: Pensez-vous que le parti présidentiel qui a obtenu plus des députés nationaux par rapport aux autres formations politiques peut revendiquer le perchoir de lassemblée nationale et la tête du gouvernement ?

 

Me Pathouben PANZU: Je pense que le Président de la République a une personne de confiance qu’il va placer à la tête de l’Assemblée nationale pour faire passer toutes les réformes qu’il pourra initier. Il faut savoir qu’il y a des institutions qu’on ne cède pas. Notamment l’assemblée nationale. On peut céder le poste de premier ministre, et peut-être celui du président du sénat aussi. Mais là où les lois se votent et s’élaborent, on ne pourra pas céder une telle institution.

 

Entre-temps, la question primordiale qu’il faudrait se poser est celle de savoir si le chef de l’Etat a, dans sa famille politique, quelqu’un de compétent pour diriger cet organe. A cela il faut aussi ajouter des considérations d’ordre géopolitiques. Le chef de l’Etat est de l’Udps. Si on a le président de Assemblée nationale, du Sénat et le Premier ministre issus du même parti, il y aura des frustrations parce-que on aura un régime dont toutes les institutions sont gérées par un seul parti politique.

 

Mais quand j’observe le comportement de certains responsables du parti présidentiel, je crains fort qu’il ait des grincements de dent après la mise en place au sein des institutions parce qu’on  connaît leurs agissements. J’en veux pour preuve les réactions provoquées par la création du regroupement politique de Vital Kamerhe.

 

Un autre signe qui pourrait inquiéter d’autres partenaires de l’union sacrée c’est la nomination du secrétaire général de l’Udps comme informateur. Ça risque de frustrer d’autres personnes.

       « Les candidats dont le vote a été annulé doivent rester sur le banc de touche »

 

KM: Plusieurs personnalités politiques dont le vote a été annulé par la CENI se sont retrouvés dans les différentes plateformes nées au sein de lunion sacrée. Pensez-vous quils ont encore un potentiel d’éligibilité dans la mise en place des institutions attendues telles que le Sénat , les gouverneurs de provinces, les gouvernements provinciaux ou même le gouvernement national ?

 

Me Pathouben PANZU: Les gens dont le vote a été annulé sont devenues des personae non gratae. Ils doivent faire au moins 7 ans sans avoir de charges publiques ou diriger une institution publique quelconque. Puisque la cours constitutionnelle n’a pas statué sur leur cas, ils doivent rester sur le banc de touche.

Mais il y a certains cas où certaines de ces personnes pourraient être repêchées politiquement. C’est le cas du gouverneur Ngobila dont le parti occupe la deuxième position à l’assemblée provinciale de Kinshasa en nombre des députés. Donc il peut facilement se faire élire sénateur. Il peut aussi être nommé ministre parce qu’il a un poids à l’union sacrée. Cela éviterait à ce que cette plate forme se dissolve brutalement.

 

Un des 82 candidats dont le vote avait été annulé a été repêché de la manière que seule la CENI connaît. Mais les autres sont également membres de l’union sacrée ou fondateurs de parti politique ou encore responsables des institutions parce qu’on a entendu les noms des ministres et des gouverneurs. Mais pour chercher la paix avec tout le monde, l’union sacrée pourra peut-être récompenser tous les candidats députés dont le vote a été annulé par la CENI.

 

 

Propos recueillis par Théthé KATABI.

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