Quand l’addiction aux jeux de hasard s’empare des femmes…
C’est une véritable drogue pour laquelle femmes et jeunes filles de Kinshasa ont développé une dépendance. Elles sont de plus en plus nombreuses, dans les 24 communes de la capitale congolaise, voire dans les institutions d’enseignement supérieur, à s’adonner au parifoot, Winner, X bet, PMU et autres. Et leur nombre ne fait que s’accroître.
Ces jeux de hasard, autrefois chasse-gardée des hommes et jeunes garçons, ont finalement réussi à toucher la junte féminine. Chaque matin, sept jours sur sept, les kiosques où sont distribués les programmes et vendus les coupons des chiffres à combiner pour parier sont envahis par des groupuscules de femmes, des jeunes filles surtout.
Coupons en médaillons entre les mains, debouts sous le parasol des agents de Winner, les sujets de conversations entre certaines parieuses tournent essentiellement autour des combinaisons de chiffres qu’il aurait fallu aligner pour gagner la mise dont la somme varie selon les montants déboursés pour jouer au même moment que d’autres ayant déjà parié, évaluent les matchs joués précédemment.
Au delà de son côté lucratif, source de revenus et gagne-pain hasardeux, l’influence grandissante de ces jeux de hasard notamment chez les jeunes femmes, les mères de famille , représente non seulement un danger d’appauvrissements, mais aussi une source d’inquiétude pour plus d’un observateur.
Entre la joie des heureux gagnants des paris sportifs et l’amère expérience des perdants
Shompa Mutombo, jeune cambiste au parking du marché municipal de Bumbu, dans le Sud de la ville de Kinshasa, a eu mal à oublier une amère expérience…
« J’étais un grand parieur. Il y a eu des moments où je pouvais facilement dépenser jusqu’à un million de francs congolais pour jouer à ces jeux. Je gagnais aussi. Mais pas toujours à la hauteur des sommes dépensées. Cela a beaucoup affecté mon chiffre d’affaires et aujourd’hui je suis en baisse », raconte-t-il avec amertume.
Malgré ce mauvais souvenir, les paris sportifs ont aussi fait de certains joueurs de Kinshasa des millionnaires en francs congolais, monnaie nationale de la République démocratique du Congo. C’est le cas de Rose Mpia, une jeune femme à la quarantaine révolue et mère de trois enfants.
«J’ai parié pour 12.000 francs. J’ai gagné 8.000.000 de francs. C’est vraiment une grâce. Aujourd’hui je suis commerçante. Je vends mes épices. Cela me permet de payer le loyer mensuel de 100 dollars américains en plus des frais scolaires pour mes enfants »,confie-t-elle avec sourire aux lèvres.

Hommes et femmes scotchés aux programmes des matchs de football
La barrière préférentielle en termes de loisirs dans le monde de sports, surtout dans le football, est dorénavant brisée. La connaissance sur les noms de joueurs mondialement réputés et les programmes des matchs de football sont devenus un sujet de partage quasi quotidien entre parieurs hommes et femmes dont le nombre ne fait que croître.
Face au chômage à Kinshasa dont le taux reste difficile à déterminer avec précision en raison de la rareté de données spécifiques, les paris sportifs se sont curieusement transformés en une sorte d’emplois « déguisés » où des jeunes diplômés et autres fraîchement sortis des universités, noient leurs désirs d’embauches.
« Le pari sportif est la seule compagnie que le régime du président Kabila a léguée aux jeunes », ironise Patrick Nseka rencontré sous un parasol portant les inscriptions « Ex bet» installé au pied du géant monument dédié aux artistes congolais, en plein cœur du bouillonnant quartier Matonge, symbole de l’ambiance au quotidien à Kinshasa.
Selon lui, l’engouement de la junte féminine aux jeux de hasard a réduit les chances de gagner aux hommes.
« Depuis que les femmes se sont intéressées à ces jeux, nous les garçons, on ne gagne plus », estimé-t-il s’appuyant sur le cas d’un jeune parieur de la commune de Masina qui aurait loupé l’occasion de gagner la somme de 1.200.000 de franc congolais après avoir misé pour 2000 francs.
Certaines victimes de déceptions amoureuses, semble-t-il, se permettent aussi de noyer leur souci dans les paris sportifs. « Une des raisons pour laquelle de nos jours la déception amoureuse ne fait plus mal aux jeunes filles, c’est le fait que les jeux de hasard peuvent leur permettre de gagner de l’argent nécessaire à satisfaire des besoins élémentaires comme celui de s’acheter des habits, babouches, lait de beauté, montre, parfum…», lâche un jeune parieur.
Magloire Mfumambala et François WALY
