04/04/2026

Révision de la Constitution en RDC : Dady Ilunga prévient, « Nous ne resterons pas silencieux »

Dady Ilunga, coordonnateur du pool communication du parti politique Alliance pour le Changement :
« Si le pouvoir en place tente de modifier ou de changer la Constitution en violation de l’esprit et de la lettre de l’Article 220, nous ne resterons pas silencieux ».

L’idée d’un changement ou d’une modification de la Constitution continue d’alimenter le débat politique en République démocratique du Congo. Si, au sein du pouvoir en place, plusieurs voix plaident désormais pour une révision, voire pour l’adoption d’une nouvelle Constitution malgré certaines divergences internes au sein de l’Union sacrée l’opposition, elle, s’y oppose fermement.

C’est notamment le cas du parti Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund. L’un de ses cadres, Dady Ilunga, coordonnateur du pool communication, s’est confié à Kinshasamagazine.

 Kinshasamagazine : Pourquoi vous opposez-vous à l’idée de modifier la Constitution ?

Dady Ilunga :
Nous avons l’impression que le débat sur la modification de la Constitution de la République démocratique du Congo pourrait être instrumentalisé pour contourner la limitation des mandats. Or, l’Article 220 verrouille des principes essentiels, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels et le respect du caractère démocratique de l’État.

Toucher à ces principes ouvre la voie à un maintien prolongé au pouvoir, ce qui constituerait un recul démocratique.
Par ailleurs, notre pays fait face à des urgences bien plus pressantes : la guerre dans l’Est, la crise sociale et économique, ainsi que les problèmes persistants de gouvernance. Dans ce contexte, engager un grand débat constitutionnel ne nous paraît ni opportun ni prioritaire.

 KM : Vous opposez-vous à une révision constitutionnelle ou à un changement de Constitution ?
 
D. Ilunga :
Au-delà de l’aspect juridique, cette question est profondément politique. Toute décision concernant la Constitution doit résulter d’un large consensus national et respecter strictement les règles démocratiques.

 KM : Pourquoi cette position ?
 
 D. Ilunga :
La Constitution protège l’alternance démocratique. La modifier dans certaines conditions pourrait servir à contourner ces limites.

L’histoire politique de la RDC nous montre que les débats constitutionnels ont souvent été sources de tensions et de crises. L’opposition craint donc qu’une réforme précipitée ne conduise à une nouvelle instabilité plutôt qu’à la consolidation de la paix.

 « La Constitution n’appartient pas à un individu ni à un régime ; elle appartient au peuple congolais »

 KM : Si le pouvoir en place parvenait malgré tout à modifier ou à changer la Constitution, que feriez-vous ?
 
D. Ilunga :
Si le pouvoir en place tente de modifier ou de changer la Constitution en violation de l’esprit et de la lettre de l’Article 220, nous ne resterons pas silencieux.

Nous mobiliserons toutes les ressources démocratiques et légales pour défendre la République : la mobilisation populaire, l’action politique et les recours institutionnels.

La Constitution n’appartient pas à un individu ni à un régime ; elle appartient au peuple congolais. Toute tentative de la manipuler à des fins personnelles sera combattue avec fermeté.

Notre responsabilité est de protéger l’alternance démocratique, de garantir la stabilité nationale et d’empêcher toute confiscation de la démocratie.

« Toute tentative de modifier la Constitution pour prolonger un mandat sera combattue »
 
KM : Pensez-vous que l’actuelle Constitution est irréprochable ?
 
 D. Ilunga :
Si Félix Tshilombo et son camp de l’Union sacrée de la Nation osent toucher à la Constitution, ce serait jouer avec le feu.

Nous le disons clairement : toute tentative de modifier la Constitution pour prolonger un mandat ou servir des intérêts personnels sera combattue sans compromis. Le peuple congolais n’acceptera jamais qu’on lui confisque sa démocratie et son avenir. L’Article 220 n’est pas une simple formalité juridique ; c’est le véritable bouclier de notre République.

J’appelle toutes les forces politiques, la société civile et les citoyens à rester vigilants. Nous utiliserons tous les moyens légaux et pacifiques pour défendre l’État de droit et empêcher toute dérive autoritaire.

Le Congo appartient à son peuple, et ce peuple se lèvera pour protéger sa liberté et sa dignité.

 « Nous refusons les formats de discussion qui ne sont pas représentatifs »

 KM : Quelle est la position de votre parti sur la question du dialogue ?
 
D. Ilunga :
En tant que conseiller coordonnateur du pool communication au cabinet du président national Jean-Marc Kabund-A-Kabund, nous avons appelé à l’organisation d’un dialogue national inclusif pour résoudre les différentes crises que traverse le pays, notamment la guerre dans l’Est et la fragilisation de l’État.

L’Alliance pour le Changement souhaite un véritable dialogue, centré sur la paix, la sécurité et la restauration de la souveraineté nationale.

Nous refusons toutefois les formats de discussion qui ne sont pas représentatifs ou qui détournent l’attention des problèmes fondamentaux du pays.

 KM : Que pensez-vous de l’idée d’une Commission vérité et réconciliation proposée par le pasteur Dodo Kamba avant la tenue du dialogue ?
 
 D. Ilunga :
Nous avons accueilli favorablement l’idée du Conseil interreligieux de placer une Commission vérité et réconciliation au cœur du processus préalable au dialogue national.

Une telle initiative peut contribuer à instaurer un climat de décrispation indispensable avant toute discussion politique sérieuse.

Ce soutien n’est pas une approbation aveugle, mais la reconnaissance que la réconciliation peut constituer une base solide pour un dialogue inclusif et apaisé.

 « Prévenir les crises politiques et renforcer la stabilité nationale »

KM : Selon vous, sur quoi devrait porter un dialogue politique en RDC ?
 
D. Ilunga :
Un véritable dialogue national devrait aborder plusieurs questions majeures :
la sécurité nationale ; la bonne gouvernance ; l’organisation des élections dans des délais clairs et consensuels ; le respect de la Constitution ; les questions sociales qui affectent directement la population.

L’objectif doit être de prévenir les crises politiques récurrentes et de renforcer durablement la stabilité nationale.

KM : Que répondez-vous à l’Union sacrée qui reproche à l’opposition de ne pas condamner l’agression dont le pays serait victime de la part du Rwanda ?
 
D. Ilunga :
Je tiens à être clair : condamner une agression étrangère et critiquer la gouvernance interne ne sont pas incompatibles.

Au contraire, ces deux démarches peuvent et doivent coexister pour défendre au mieux les intérêts de la nation.

KM : Croyez-vous à l’organisation des élections en 2028 ?
 
D. Ilunga :
Le mandat présidentiel actuel, issu de l’élection de 2023, est de cinq ans et doit normalement s’achever en 2028.

La Constitution interdit un troisième mandat. Dans ces conditions, Félix Tshisekedi ne pourrait donc normalement plus se représenter lors de l’échéance électorale de 2028.

Propos recueillis par François Waly

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *