Un dialogue inclusif… exclusif ?
Longtemps réclamé à cor et à cri par une frange de l’opposition politique, certaines organisations de la société civile ainsi que des responsables des Églises catholique et protestante, le dialogue national semble enfin prendre corps en République démocratique du Congo.
Au-delà des hésitations et des débats parfois passionnés qu’il suscite, un fait mérite d’être souligné : le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, que certains opposants présentaient comme le principal obstacle à la tenue de ces assises, a clairement exprimé sa disponibilité. En mettant fin aux spéculations, il a tracé les premières lignes directrices d’un processus qu’il veut encadré et responsable.
Mais les conditions énoncées par le Président ouvrent un nouveau débat. « Dialogue oui, mais pas avec les auteurs de crimes commis contre nos populations », a-t-il martelé. Une position ferme, qui reflète la gravité de la situation sécuritaire dans l’Est du pays et la souffrance persistante des populations civiles.
Dans cette optique, le dialogue envisagé se veut inclusif — ouvert aux forces politiques et sociales — mais exclusif quant à la participation de ceux sur qui pèsent des accusations de crimes de guerre. Une ligne rouge assumée par le magistrat suprême, soucieux de ne pas légitimer, par la négociation politique, des acteurs engagés dans la violence armée.
De fait, il serait illusoire d’imaginer la participation des groupes armés qui occupent encore des pans entiers du territoire national, notamment à Bunagana, Goma ou Bukavu, dans un contexte marqué par les accusations d’agression impliquant l’armée rwandaise et la rébellion de l’AFC/M23.
Dès lors, plusieurs interrogations émergent. Ce dialogue peut-il ignorer la question centrale de l’occupation des territoires de l’Est ? Peut-il produire une solution durable sans aborder, frontalement, la problématique sécuritaire et géopolitique qui mine la souveraineté nationale ? Et pour la coalition rebelle, l’unique alternative reste-t-elle le processus diplomatique engagé à Doha ?
Autant de questions qui traversent l’opinion et alimentent les discussions. Une chose est certaine : pour être crédible et porteur d’espoir, ce dialogue devra concilier exigence de justice, impératif de paix et nécessité d’inclusion, sans compromission avec l’impunité.
L’histoire récente de la République nous enseigne que les compromis fragiles portent rarement des fruits durables. Le défi est donc immense : organiser un dialogue qui rassemble sans trahir, qui apaise sans absoudre, et qui trace, enfin, les contours d’une paix véritable.
François WALY
