16/02/2026

Vital Kamerhe entre le marteau et l’enclume

Vital Kamerhe vivrait-il ses derniers instants à la présidence de l’Assemblée nationale ? C’est la question que se posent nombre d’observateurs et analystes politiques, face à la dynamique croissante des députés frondeurs, en dépit du mea culpa de celui qui demeure un allié du président Tshisekedi depuis les élections de 2018.

 

En attendant de connaître le sort que la plénière réservera à cette pétition qui alimente débats et controverses, Kinshasamagazine.cd a recueilli les réactions de deux figures engagées dans la vie politique et juridique nationale : Me Richard Pinda, cadre de l’UDPS, et Franck Kalolo, coordonnateur national du Centre de Réflexion Juridique de Lutte contre l’Impunité (CRJLI).

 

Me Richard Pinda, cadre de l’UDPS :

 

« Il était temps que Vital Kamerhe quitte le perchoir. Ce n’est que justice. »

 

Kinshasamagazine.cd : Quelle est votre réaction face aux événements en cours à l’Assemblée nationale ?

 

Me Richard Pinda :

Cette pétition est pleinement justifiée. L’Union sacrée repose sur une vision commune, portée par le président Félix Tshisekedi. C’est lui qui en incarne les fondements, les orientations et la responsabilité devant la nation. Il est donc inconcevable que des membres de cette coalition s’en écartent tout en y demeurant formellement.

 

Le président — ou plutôt, l’ancien président de l’Assemblée nationale — a montré à maintes reprises qu’il ne partageait plus cette vision. Pire, il a adopté des positions qui ont, à mon sens, servi la cause du M23.

Souvenez-vous : avant même la chute imminente de Goma et Bukavu, Kamerhe avait tenu des propos laissant entendre que les FARDC étaient incapables de défendre ces territoires. Il prônait la négociation à tout prix, alors que nous étions en position de faiblesse — ce qui, stratégiquement, était inacceptable.

 

Il a même affirmé que 300 personnes avaient été massacrées à Moba. Or, ni le maire, ni le gouverneur, ni même les FARDC n’ont confirmé cette version. Pire encore, il ne s’est jamais excusé pour ces déclarations erronées.

 

Autre point révélateur : alors qu’une mesure mettait les M23 en difficulté économique, Kamerhe s’y est opposé, demandant la réouverture des banques dans l’Est. Il a aussi pris part, de manière anticipée, au dialogue initié par Thabo Mbeki, se rendant en Afrique du Sud avant tout le monde, après un passage remarqué en France où il a échangé avec le président français sur un plan aligné avec ce dialogue.

 

KM : Mais les motifs évoqués dans la pétition sont surtout liés à la gestion opaque du bureau et à des soupçons de mauvaise gouvernance. Pensez-vous qu’on puisse gérer la crise de l’Est sans Kamerhe ?

 

Me Richard Pinda; En dehors des griefs soulevés par les pétitionnaires — qui parlent de malversations financières, de détournements et se disent même prêts à entamer des poursuites judiciaires — il y a aussi des raisons politiques et stratégiques. Il ne faut pas les ignorer.

 

Concernant la crise dans l’Est, la réponse est claire : oui, on peut la gérer sans Kamerhe. D’ailleurs, nous le faisons déjà. Il n’est pas indispensable, pas plus que ne l’est le président Tshisekedi, qui ne sera pas le dernier président de la République. L’Union sacrée compte d’autres poids lourds capables d’assumer pleinement leurs responsabilités.

Franck Kalolo, coordonnateur national du CRJLI :

« La vraie destitution se jouera lors du vote. Pour l’instant, c’est la démocratie parlementaire qui s’exerce. »

 

KM : Quelle est votre lecture de la pétition visant à destituer Vital Kamerhe ?

 

Frank Kalolo: La situation actuelle à l’Assemblée nationale relève d’un exercice normal de la démocratie parlementaire. Nous observons ce processus en respectant les règles du jeu. Il ne s’agit pas seulement de signer une pétition : ce n’est qu’une première étape.

 

La véritable décision interviendra lors du vote en plénière. C’est là que la destitution, si elle a lieu, sera actée. Jusque-là, il s’agit d’un débat démocratique auquel personne ne doit faire obstacle.

 

KM : À quoi peut-on s’attendre selon vous ?

 

Pour l’instant, ce ne sont que des démarches administratives. Rien n’est encore joué. Nous attendons que la plénière soit convoquée et que le débat parlementaire se tienne dans le respect des procédures. Ce processus ne doit souffrir d’aucune ingérence exté Je rieure.

 

A. Kongolo – Kinshasamagazine.cd

 

 

 

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