10/06/2026

Le Rwanda retirera-t-il ses troupes de l’Est de la RDC d’ici juillet 2026 ?

Les États-Unis espèrent voir le Rwanda retirer de l’est de la République démocratique du Congo les troupes qu’il est accusé d’avoir déployées en soutien à la rébellion du M23 d’ici la mi-juillet 2026. Cet espoir a été exprimé par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, lors de son audition devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, le 3 juin dernier, dans le cadre de l’examen du budget du Département d’État pour l’exercice 2027.

« Du côté rwandais, nous commençons à observer un certain respect de l’accord. Les choses avancent, pas assez vite, certes, mais nous espérons que le retrait des troupes rwandaises de la région sera effectif d’ici le milieu du mois prochain. Bien sûr, il reste le problème du M23 à régler », a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

Cette déclaration soulève plusieurs interrogations. Correspond-elle réellement aux engagements contenus dans l’accord de paix signé à Washington entre Kigali et Kinshasa ? Les conditions nécessaires à un retrait effectif des forces rwandaises seront-elles réunies d’ici le 15 juillet, comme l’espère Washington ? Et quel avenir attend le M23, dont Marco Rubio a également souligné la persistance comme facteur d’instabilité ?

L’accord de Washington prévoit en effet le retrait progressif des « mesures défensives » rwandaises du territoire congolais. Une formulation qui renvoie à l’argument avancé par Kigali pour justifier sa présence militaire dans l’est de la RDC : la menace représentée par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), mouvement que les autorités rwandaises considèrent comme composé d’éléments impliqués dans le génocide de 1994.

Le texte prévoit ainsi un retrait graduel des forces rwandaises conformément à un calendrier convenu entre les deux parties. Mais sur le terrain, aucun signe tangible d’un tel processus n’est encore perceptible. Aucun mouvement significatif de retrait n’a été observé jusqu’à présent.

Dès lors, une question demeure : la mi-juillet évoquée par Marco Rubio marquera-t-elle l’achèvement du retrait ou simplement le début de sa mise en œuvre ? Plus encore, le calendrier mentionné dans l’accord a-t-il réellement été défini et validé conjointement par Kinshasa et Kigali ?

L’autre inconnue concerne la neutralisation des FDLR, condition qui apparaît au cœur des préoccupations sécuritaires du Rwanda. Peut-on raisonnablement envisager que ces groupes armés soient neutralisés dans un délai aussi court ? La question mérite d’être posée, d’autant que plusieurs observateurs soulignent que les principaux bastions attribués aux FDLR se situent dans des zones actuellement sous contrôle du M23 et de ses alliés.

Les déclarations du secrétaire d’État américain semblent d’ailleurs révéler une certaine contradiction. D’un côté, Washington affiche son optimisme quant à l’application de l’accord. De l’autre, Marco Rubio reconnaît lui-même les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre.

« En ce qui concerne la RDC et le Rwanda, ils ont signé un accord de paix. Malheureusement, celui-ci n’est pas bien respecté. Nous avons dû imposer quelques sanctions », a-t-il affirmé devant les élus américains.

Cet aveu pose une autre question essentielle : si l’accord connaît déjà des retards dans son application, la non-neutralisation des FDLR ne risque-t-elle pas de servir d’argument à Kigali pour différer davantage le retrait de ses forces du territoire congolais ?

À ce stade, les déclarations américaines traduisent davantage un objectif diplomatique qu’une certitude opérationnelle. Entre les engagements inscrits sur le papier et leur traduction sur le terrain, plusieurs obstacles demeurent. La mi-juillet constituera donc un test majeur pour la crédibilité de l’accord de Washington et pour la volonté réelle des différentes parties de tourner la page d’un conflit qui continue de déstabiliser l’est de la RDC.

François Waly

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