02/08/2026

Réforme constitutionnelle : la CENCO peut-elle freiner le rouleau compresseur de l’Union sacrée ?

L’Église catholique de la République démocratique du Congo, par l’entremise de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), vient d’ouvrir un nouveau front face à l’Union sacrée de la Nation, la coalition majoritaire au pouvoir. Fidèle à son rôle historique dans les grands débats nationaux, l’épiscopat congolais affiche une opposition sans ambiguïté à toute initiative visant à modifier ou réviser la Constitution.

Dans le message final ayant sanctionné les travaux de son Assemblée plénière extraordinaire, tenue du 18 au 20 juin à Kinshasa, la CENCO a clairement fixé sa ligne rouge.

« Nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution », ont déclaré les évêques, estimant que les véritables priorités du pays demeurent « la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale ».

Au-delà de la question constitutionnelle, les prélats dressent un tableau préoccupant de la situation nationale. Ils dénoncent une « insécurité généralisée » et une « désacralisation sans précédent de la vie humaine », marquées par une recrudescence des violences physiques et verbales, particulièrement dans les grands centres urbains. Pour eux, ce climat constitue une menace sérieuse pour l’avenir du pays.

La loi référendaire au cœur des inquiétudes

Si la CENCO ne la cite pas directement, sa prise de position intervient dans un contexte marqué par l’adoption, au Parlement, de la proposition de loi fixant les modalités d’organisation du référendum.

Aux yeux des évêques, cette loi, présentée comme un simple mécanisme destiné à combler un vide juridique, pourrait ouvrir la voie à un référendum susceptible de remettre en cause, « en violation de l’ordre constitutionnel », les matières déclarées intangibles par l’article 220 de la Constitution.

Cette lecture traduit la crainte d’une stratégie progressive conduisant, à terme, à une réforme constitutionnelle plus profonde.

 

Un rapport de force largement favorable à la majorité

Sur le terrain politique, cependant, la dynamique paraît favorable à l’Union sacrée. Forte d’une majorité écrasante dans les deux chambres du Parlement, la coalition présidentielle dispose d’une capacité de mobilisation qui laisse peu de place aux initiatives de l’opposition.

Dans ce contexte, l’adoption de la loi référendaire apparaît moins comme une surprise que comme l’aboutissement logique d’un processus politique porté par une majorité solidement installée. En termes de rapport de force institutionnel, la voie semblait déjà largement balisée.

La véritable interrogation se situe désormais ailleurs.

Quelle influence sur la décision du Chef de l’État ?

L’opposition de la CENCO, rejointe par plusieurs responsables protestants, sera-t-elle de nature à infléchir la décision du Président de la République au moment de promulguer la loi référendaire ?

Le Chef de l’État choisira-t-il de suivre la dynamique impulsée par sa majorité parlementaire ou accordera-t-il une attention particulière aux appels des principales confessions religieuses, qui plaident pour un dialogue national avant toute réforme des règles fondamentales de l’État ?

La réponse dépendra autant du calcul politique que de la volonté de préserver un climat d’apaisement dans un pays où les débats institutionnels demeurent particulièrement sensibles.

Une chose est cependant certaine : en entrant ouvertement dans le débat, la CENCO rappelle qu’elle entend rester un acteur incontournable de la vie publique congolaise. Reste à savoir si son influence morale pèsera suffisamment face à une majorité parlementaire dont la puissance politique s’apparente, aujourd’hui, à un véritable rouleau compresseur.

François WALY

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