17/02/2026

Des têtes d’érosion en progression …

Des  têtes d’érosion dont certaines avaient  pourtant été maîtrisées pendant la  dernière saison sèche, ont repris leur progression dans plusieurs quartiers de la ville de Kinshasa. Les communes de Selembao, Mont-Ngafula et Kinsenso sont les plus touchées par ce glissement de terrain qui menace de les faire disparaître .

La commune de Selembao compte paie le plus lourd tribut avec 74 têtes d’érosion. Statistiques fournies par l’autorité municipale qui craint par ailleurs que les pluies diluviennes qui se succèdent  ce dernier trimestre ne puissent accroître ce nombre . Sur les 26 quartiers de cette municipalité, 10 sont sérieusement affectés.

Les prévisions pluvieuses sont cauchemardesques pour la population de ces zones. Tout le monde est sur qui-vive surtout quand il pleut la nuit.

«Les efforts fournis dernièrement par la population n’ont pas calmé ce phénomène . Ces têtes d’érosion ont déjà ravagé plusieurs habitations dans les quartiers Mbala, Ndobe, Camping, Kalunga, Kipoyi et Kingu », explique Matthias Womumu, bourgmestre de la commune de Selembao.

Témoignages alarmants de la population victime

Les propos du bourgmestre de Selembao sont corroborés par divers témoignages de la population victime. Cas de madame Mélanie Nzazi, présidente d’une association de mamans veuves. « Le quartier Mbala où j’habite est un cas qui nécessite une attention particulière des autorités. Plusieurs familles ont déjà perdu leurs maisons. Il y a aussi des cas de morts qu’on a enregistrés dernièrement », raconte-t-elle.

Et d’ajouter: « Ce quartier n’est pas l’unique entité en danger. Il y en a plusieurs autres comme comme Kingu où quelques personnes ont été blessées suite à l’écroulement d’un mur. Des habitations de certaines mamans veuves membres de notre association ont aussi été endommagées. Elles ont besoin d’assistance. Mais qui va les aider ? ».

A Ngafani, un autre quartier dévasté par la progression de têtes d’érosions, des dizaines de parcelles se sont transformées en ravins. « Il est de plus en plus difficile de faire le tour du quartier Ngafani  sans contourner des ravins qui occupent des larges étendues. Certaines rues n’existent plus que de nom. Elles se sont transformées en cratères », dit Medo Kamalandua, habitant du coin.

Les quartiers Kalunga et Mabulu, dans la même municipalité, sont aussi dans la même situation. La route Elengesa nouvellement construite pour désenclaver la municipalité de Makala, a quelque peu épargné du danger cette commune . Ici, les propriétaires terriens se sont imposés une discipline. Pas de parcelle sans puit de rétention d’eau de ruissellement dont une bonne quantité provient de toiture. Ce qui augmente la pression lors de l’écoulement. « Si on a des puits dans chacune des parcelles, on aura moins de dégâts pendant la saison de pluie », a dit Ignace Nginamawu, habitant du quartier Mabulu.

Mont-Ngafula: une commune à problèmes

La commune de Mont-Ngafula figure également sur la liste des entités où les têtes d’érosion en progression continuent de faire des ravages. Particulièrement au quartier Sans fil. Ici, on dénombre 50 maisons déjà englouties  en une année. La situation la plus dramatique s’est produite en décembre 2022, lors de la pluie diluvienne qui avait coupé la route nationale numéro 1 au niveau de Matadi Kibala.

La population de cette partie de Kinshasa espérait voir le pouvoir public trouver une solution durable à son problème. Mais elle a malheureusement été surprise de constater que le gouvernement s’est contenté  du simple rétablissement du trafic routier. « Rien n’a été fait pour prévenir ou stopper définitivement les érosions dans notre quartier. Les pluies de ces derniers jours viennent encore nous replonger dans la même situation », regrette un habitant du coin.

Cette érosion, comme d’autres d’ailleurs, a pour cause principale la mauvaise canalisation d’eau de pluie. Elle date de 2016.  «L’entreprise chinoise à laquelle le travail de lutte anti érosive avait été confié s’est contentée de construire des petits collecteurs qui drainent les eaux de ruissellement vers les buissons oubliant que le terrain est essentiellement sablonneux », explique une victime dont la parcelle s’est transformée en champ de ruine.

La situation demeure également alarmante dans d’autres quartiers de la même commune, notamment à Kindele. Malgré le désespoir qui se lit sur les visages des dizaines de propriétaires terriens redevenus locataires, il y encore des courageux qui continuent de croire en un miracle. « Si on remplit ces ravins de avec les montagnes de déchets et immondices  qu’on voit à travers la ville, on peut toujours récupérer de l’espace où construire même une maison à deux chambres salon », dit l’un d’eux.

A Kinsenso, « les déts ne manquent jamais »

La commune de Kinsenso qui surplombe celle de Matete est un autre cas. Elle est classée en tête de liste des municipalités les plus touchées par les érosions. On y dénombre un total de 78 têtes d’érosion. Certaines ne progressent plus après des efforts consentis par les habitants de ce coin de la capitale congolaise. D’autres par contre continuent leur progression dévastatrice.

« Chez-moi, les dégâts ne manquent jamais. Il y en a toujours. Heureusement que ces jours ci je n’ai pas enregistré des cas de décès à part des blessés. Mais l’écroulement des murs et des maisons n’étonnent plus. Même nos routes sont sérieusement menacées. Certaines d’entre elles ne sont plus praticables », deplore Godet Atsawel, bourgmestre de Kinsenso.

Selon les architectes urbanistes, le non respect des normes d’urbanisation et les constructions anarchiques sont la cause principale des têtes d’érosions qui ne cessent de se multiplier à Kinshasa. Certains coins de la ville province de Kinshasa ne devraient pas être lotis. Il s’agit principalement des zones montagneuses comme la municipalité de Kinsenso, une bonne partie de Selembao et Mont-Ngafula.

Julia Tulomba et François WALY

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