14/05/2026

Élections aux calendes grecques, référendum sans Goma ni Bukavu ?

L’hypothèse d’un report sine die des élections générales, pourtant constitutionnellement prévues en 2028, ressemble de moins en moins à une simple spéculation et de plus en plus à une trajectoire assumée. La récente sortie médiatique du président Félix Tshisekedi a d’ailleurs eu le mérite ou l’élégance brutale  de lever un coin du voile.

Lorsqu’il affirme : « Si cette guerre ne peut pas être terminée, malheureusement nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028 », le message est limpide : tant que la guerre persiste, les préparatifs électoraux restent rangés dans le tiroir des hypothèses.

Pendant que l’impérieuse nécessité de mettre fin à cette guerre d’agression continue de s’imposer comme priorité absolue, une autre idée avance désormais sans complexe : celle d’un référendum populaire susceptible d’ouvrir la voie à une nouvelle Constitution et, par ricochet, à une quatrième République.

Mais une question, simple et pourtant incontournable, mérite d’être posée : comment organiser un référendum dans un contexte sécuritaire qui rend déjà hypothétique l’organisation des élections ?

Car enfin, si la guerre empêche la tenue des élections en 2028, comment faciliterait-elle soudainement les opérations référendaires dans les zones occupées ? La guerre n’a pas, à ce que l’on sache, prévu une pause administrative pour laisser passer les urnes.

Organiser un référendum sans la participation des Congolais vivant dans des villes et territoires encore sous occupation, notamment Goma et Bukavu, ne constituerait pas seulement une aberration politique ; cela fragiliserait profondément le caractère populaire de la démarche.

Un référendum sans une partie du peuple poserait une équation délicate : peut-on encore parler de consultation nationale lorsqu’une frange importante de la nation regarde le scrutin depuis le banc de touche ? À moins d’inventer un concept inédit : le référendum populaire… à géographie variable.

Autant les élections générales de 2028 ne sauraient se tenir sans Goma et Bukavu, autant un référendum ne peut sérieusement prétendre à la légitimité populaire en excluant, de fait, une partie des citoyens sous occupation.

Certes, référendum et élections poursuivent des objectifs distincts : le premier vise l’adoption ou la révision de dispositions constitutionnelles ou de grandes orientations institutionnelles ; les secondes permettent de désigner des dirigeants. Mais ils partagent une exigence fondamentale : la participation citoyenne.

Dès lors, si les élections de 2028 doivent attendre l’hypothétique fin de la guerre imposée à la République démocratique du Congo par son voisin rwandais, le référendum devrait logiquement être soumis à la même condition.

Dans un cas comme dans l’autre, l’inclusivité nationale n’est pas une option décorative. L’ignorer reviendrait à consacrer un scrutin partiel sous emballage national.

François WALY

 

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