Le dialogue national inclusif annoncé par le président Félix Tshisekedi continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Parmi les voix qui se prononcent sur cette initiative figure Me Pathouben PANZU, président fédéral du parti Ensemble pour la République, formation politique dirigée par l'opposant Moïse Katumbi.

Dans cet entretien exclusif accordé à Kinshasa Magazine, il revient sur les conditions de réussite de ce dialogue, les questions qui devraient être abordées, la participation éventuelle des acteurs armés, ainsi que les résultats qu'il en attend pour la République démocratique du Congo.

Me Pathouben PANZU - portrait
KM : Maître Pathouben PANZU, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Me Pathouben PANZU : Je suis acteur politique bénévole, juriste de formation et avocat, et membre du parti Ensemble pour la République, que dirige le président Moïse Katumbi Chapwe.

Je m'intéresse également aux questions politiques, institutionnelles et juridiques de notre pays, particulièrement aux problématiques liées à l'État de droit, à la démocratie, à la gouvernance et à la recherche de solutions aux différentes crises que traverse la République démocratique du Congo.
KM : Croyez-vous au dialogue inclusif annoncé par le président Félix Tshisekedi ? Pourquoi ?
Me Pathouben PANZU : Dans une période aussi délicate que celle que traverse notre pays, chaque Congolais doit contribuer, à son niveau, à la recherche de la paix, de la cohésion nationale et au respect des institutions.

Personnellement, je crois au dialogue. Mais je crois surtout à un dialogue véritablement inclusif, sincère et orienté vers des résultats concrets.

Le président de la République a annoncé un dialogue national inclusif destiné notamment à consolider la cohésion nationale, dans le respect des institutions et de la Constitution. Je pense que cette initiative peut être une opportunité si elle est menée avec sincérité et dans l'intérêt supérieur de la République.

Il faut éviter que ce dialogue soit organisé simplement pour donner l'impression que les Congolais se parlent. Il doit permettre d'identifier et de traiter les causes profondes des crises que connaît notre pays.

Pour moi, le dialogue n'est ni une faiblesse pour le pouvoir ni une récompense accordée à l'opposition. C'est un instrument politique de prévention et de résolution des conflits.
KM : Selon vous, quelles sont les principales questions qui devraient être abordées autour de la table ?
Me Pathouben PANZU : La première condition est que chaque participant accepte de venir avec l'intérêt supérieur de la République comme priorité. Nous ne pouvons pas accepter que quelqu'un participe à un dialogue avec pour seule ambition d'obtenir tel ou tel poste.

Il faut éviter de réduire les dialogues politiques à une simple répartition des responsabilités. À mon sens, au moins cinq grandes questions doivent être abordées.

Premièrement, la question sécuritaire. Il faut rechercher une solution durable à la guerre dans l'Est, assurer la protection des populations civiles, parvenir au désarmement des groupes armés et restaurer effectivement l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national.

Deuxièmement, la question institutionnelle. Il faut examiner le fonctionnement de nos institutions, la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice ainsi que le respect de la Constitution.

Troisièmement, la question électorale. Les précédents processus électoraux, notamment celui de 2023, doivent nous permettre de tirer des leçons. Il faut rechercher les conditions nécessaires à l'organisation d'élections crédibles, transparentes et surtout apaisées.

Quatrièmement, la question des libertés publiques et de l'État de droit. Il faut renforcer les garanties accordées aux citoyens et veiller au respect des droits et libertés fondamentaux.

Cinquièmement, la cohésion nationale et la réconciliation. Nous devons nous attaquer aux divisions politiques, communautaires et régionales qui fragilisent profondément notre pays.
« Le dialogue n'est ni une faiblesse pour le pouvoir ni une récompense accordée à l'opposition. C'est un instrument politique de prévention et de résolution des conflits. » Me Pathouben PANZU
KM : La majorité au pouvoir estime que ceux qui ont pris les armes ne devraient pas participer à ce dialogue. Quelle est votre position ?
Me Pathouben PANZU : Lorsqu'une personne prend les armes et commet des crimes contre son propre peuple, ces actes doivent faire l'objet de mécanismes de justice. Les victimes ont droit à la vérité, à la justice et, lorsque cela est possible, à la réparation. On ne peut pas simplement faire comme si rien ne s'était passé.

Mais si l'objectif du dialogue est de mettre définitivement fin à la guerre, il faut également trouver un mécanisme permettant de parler aux acteurs capables de contribuer à l'arrêt des violences.

Parler avec quelqu'un ne signifie pas nécessairement lui pardonner ses crimes ni lui accorder automatiquement une légitimité politique.

Il faut donc trouver un équilibre entre la nécessité de dialoguer pour mettre fin à la guerre et l'exigence de justice pour les victimes.

Les crimes commis contre les populations civiles doivent faire l'objet de poursuites judiciaires. C'est une exigence essentielle pour éviter que les mêmes atrocités ne se reproduisent.

Il existe déjà des processus de négociation autour de la crise dans l'Est du pays. Cela montre que la question de savoir qui doit participer à quel niveau de discussion doit être examinée avec beaucoup de responsabilité.
KM : Selon vous, à quoi ce dialogue doit-il concrètement aboutir ?
Me Pathouben PANZU : Un dialogue sérieux doit permettre d'examiner les préoccupations liées aux libertés politiques et surtout à la cohésion nationale.

Nous devons travailler sur les divisions politiques, communautaires et régionales qui fragilisent notre pays.

Aujourd'hui, certaines logiques de repli régional ou communautaire contribuent à créer des tensions. Certains considèrent que le pouvoir appartient à leur camp, tandis que ceux qui ne s'y retrouvent pas estiment qu'ils doivent le combattre. Cette logique est dangereuse pour la République.

Lorsqu'un président de la République est élu, il devient le président de tous les Congolais et non celui d'une région, d'une communauté ou d'un groupe politique.

Nous devons donc bannir les pratiques qui entretiennent les divisions et les tensions entre les communautés.

Les élections elles-mêmes sont parfois fortement marquées par des considérations communautaires ou ethniques. Il faut avoir le courage de regarder cette réalité en face et de travailler à construire une véritable identité nationale.

La République démocratique du Congo a déjà connu plusieurs dialogues. Le dialogue de Sun City, par exemple, a contribué à ramener une certaine stabilité et à ouvrir une période de paix. Mais nous avons également vu, par la suite, certains acteurs reprendre les armes.

Cela montre que le dialogue doit être accompagné de mécanismes permettant de garantir le respect des engagements pris.
« Le véritable succès du dialogue ne se mesurera pas au nombre de personnes présentes autour de la table, mais aux résultats obtenus dans la vie quotidienne des Congolais. » Me Pathouben PANZU
KM : Comment voyez-vous l'avenir politique de la RDC en cas de réussite ou d'échec de ce dialogue ?
Me Pathouben PANZU : Il faut que chaque participant au dialogue souscrive à un véritable cahier des charges et s'engage clairement à respecter les résolutions qui seront adoptées.

Je ne voudrais surtout pas d'un dialogue qui se termine par une simple déclaration politique ou par un partage des responsabilités entre acteurs politiques.

À mon sens, ce dialogue doit notamment aboutir à une feuille de route pour la paix et la sécurité, à des engagements clairs sur le respect de la Constitution et des institutions de la République, ainsi qu'à des mesures permettant de renforcer l'État de droit et la justice.

Il faut également des garanties solides pour les libertés publiques, des mécanismes de réconciliation nationale, ainsi qu'un cadre permettant de préparer les prochaines échéances électorales dans un climat apaisé.

Et surtout, il faut mettre en place un mécanisme de suivi, afin que les résolutions adoptées ne restent pas dans les tiroirs.

Le véritable succès du dialogue ne se mesurera pas au nombre de personnes présentes autour de la table, mais aux résultats obtenus dans la vie quotidienne des Congolais.

En cas de réussite, ce dialogue pourrait constituer une véritable opportunité pour réduire les tensions politiques, renforcer la cohésion nationale et créer les conditions d'une transition politique apaisée vers les prochaines échéances électorales.

En revanche, en cas d'échec, les conséquences pourraient être beaucoup plus lourdes : aggravation de la polarisation politique, perte de confiance entre les acteurs, radicalisation des positions et prolongation de la crise sécuritaire dans l'Est, avec le risque de voir les tensions s'étendre à d'autres parties du pays.

C'est pourquoi personne ne devrait aller à ce dialogue avec l'objectif de faire triompher son camp.

Il faut y aller avec l'objectif de sauver la République démocratique du Congo.
KM : Un dernier mot pour conclure ?
Me Pathouben PANZU : Je voudrais lancer un appel à tous les acteurs politiques, à la société civile, aux confessions religieuses et surtout à la population congolaise.

Chers frères, chères sœurs, chers compatriotes, la RDC n'a pas besoin d'un dialogue de plus. Elle a besoin d'un dialogue qui produit des résultats.

Nous avons déjà connu plusieurs consultations et plusieurs accords dans notre histoire. La question aujourd'hui n'est donc plus seulement de savoir si les Congolais peuvent s'asseoir autour d'une table, mais s'ils sont capables de respecter les engagements qu'ils prennent autour de cette table.

Le pouvoir doit accepter la contradiction. L'opposition doit accepter le principe républicain. La société civile doit jouer pleinement son rôle de vigilance. Et tous les acteurs doivent placer l'intérêt national au-dessus des intérêts personnels et partisans.

Je terminerai par ceci : le Congo ne sera pas sauvé par un homme, par un parti politique ou par un camp politique. Il sera sauvé par des institutions solides, une justice indépendante, une démocratie respectée et des Congolais capables de placer l'intérêt de la République au-dessus de leurs intérêts particuliers.

Propos recueillis par François WALY