02/08/2026

Crise congolaise : quel remède Évariste Ndayishimiye veut-il administrer ?

Le président burundais Évariste Ndayishimiye s’apprête à recevoir plusieurs figures de l’opposition congolaise pour des consultations consacrées à la crise politique en République démocratique du Congo. Parmi les invités figurent notamment les principaux leaders de la coalition Article 64, farouchement opposée à toute révision de la Constitution.

La CENCO et l’ECC ont également été conviées. Les deux plus importantes confessions religieuses du pays défendent depuis plusieurs mois une position constante : la réforme constitutionnelle n’est ni prioritaire ni opportune dans le contexte actuel, marqué par la guerre dans l’Est, et toute évolution institutionnelle devrait être précédée d’un dialogue national.

L’importance accordée à cette initiative est telle que l’opposition a préféré reporter au 22 juillet la marche initialement prévue le 8 juillet. Officiellement, il s’agit de laisser une chance à cette médiation avant toute nouvelle démonstration de force dans la rue.

Mais derrière cette rencontre se cachent plusieurs inconnues.

Selon des informations relayées par différents médias, les discussions pourraient porter sur l’organisation d’un dialogue politique inclusif qui aurait reçu l’assentiment de Kinshasa, avec toutefois une ligne rouge : l’exclusion de l’ancien président Joseph Kabila. Aucune communication officielle n’est cependant venue confirmer ces informations.

 

Une autre hypothèse alimente les débats : des représentants de l’AFC-M23 figureraient également parmi les personnes appelées à participer aux consultations. Si cette information se confirmait, elle poserait inévitablement une question politique majeure : le président Félix Tshisekedi est-il en train d’assouplir sa position, lui qui a toujours refusé de dialoguer avec ceux qu’il qualifie de groupes armés ayant attaqué les institutions de la République ?

Le choix du président burundais comme interlocuteur interroge également.

Depuis plusieurs mois, les rebelles de l’AFC-M23 accusent le Burundi d’être un acteur militaire engagé dans le conflit, en raison de la présence de soldats burundais aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo. Dans ces conditions, Évariste Ndayishimiye peut-il être perçu comme un médiateur suffisamment neutre pour rapprocher des positions aussi antagonistes ?

Une autre lecture est possible.

Cette initiative pourrait traduire la volonté d’ouvrir un nouveau canal politique alors que le processus de Doha donne le sentiment de piétiner. Malgré les déclarations officielles se voulant rassurantes, les avancées concrètes se font attendre, tandis que les combats et les tensions diplomatiques continuent d’alimenter les incertitudes.

Dès lors, la véritable question n’est peut-être pas de savoir qui sera autour de la table, mais ce qui pourra réellement en sortir.

Car la crise congolaise ne souffre plus d’un déficit de médiateurs. Elle souffre surtout d’un déficit de confiance entre les protagonistes, de garanties sur l’application des engagements et d’une vision commune de la paix.

Si la rencontre de Bujumbura parvient à recréer cette confiance, elle pourrait marquer un tournant. Dans le cas contraire, elle risque de rejoindre la longue liste des initiatives diplomatiques qui auront davantage entretenu l’espoir qu’elles n’auront rapproché la paix.

La réponse ne viendra pas des communiqués publiés à lissue des consultations. Elle se mesurera aux décisions qui suivront, à la volonté des acteurs de faire des concessions et, surtout, à lamélioration de la situation sur le terrain. Cest là, et seulement là, que se jugera la portée réelle de linitiative du président burundais.

KM

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