L'insécurité refait surface à Kinshasa
Après une période d'accalmie, les braquages et incursions nocturnes d'hommes armés semblent reprendre dans plusieurs quartiers de Kinshasa. Du centre-ville aux communes périphériques, ces nouveaux incidents ravivent l'inquiétude d'une population qui redoute une résurgence de la criminalité armée.
Le phénomène semblait avoir progressivement disparu du quotidien des Kinois. L'accalmie observée ces derniers mois avait même fini par reléguer les braquages et vols à main armée au second plan des préoccupations sécuritaires. Mais cette parenthèse aura été de courte durée.
Depuis quelques semaines, plusieurs faits d'insécurité sont à nouveau signalés dans différents secteurs de la capitale de la République démocratique du Congo.
Un braquage en plein centre-ville
Le mardi 15 septembre dernier, alors que l'attention de l'opinion publique nationale et internationale était largement focalisée sur la marche de l'opposition, organisée dans le contexte de la rentrée parlementaire, des hommes armés et cagoulés, dont l'identité n'a pas été établie, ont fait irruption dans un bureau de change situé en plein centre-ville.
L'opération, menée en pleine journée, a ravivé les inquiétudes sur la capacité des réseaux criminels à opérer jusque dans des zones pourtant considérées comme particulièrement surveillées.
À cet incident s'ajoutent plusieurs autres cas signalés dans des municipalités et quartiers périphériques de Kinshasa.
Badiadingi sous la menace des incursions nocturnes
À Selembao, notamment dans le quartier Badiadingi, les habitants font état d'une recrudescence des actes de criminalité, marquée par des incursions nocturnes d'hommes armés munis, selon plusieurs témoignages, d'armes d'assaut.
Dans la nuit du 18 août 2026, douze maisons situées dans différentes parcelles de l'avenue Loya auraient été visitées en l'espace d'une seule nuit. Une série d'attaques qui avait plongé les habitants dans une profonde psychose.
Moins de trois semaines plus tard, de nouveaux hommes armés auraient fait leur apparition dans le même secteur, cette fois du côté de la rue Mbodi.
Selon des témoignages recueillis auprès de victimes, des individus munis de fusils d'assaut auraient notamment pris pour cible une boulangerie. Des coups de feu auraient été tirés au cours de l'opération, semant la panique parmi les habitants et maintenant le quartier sous tension durant une partie de la nuit.
Face à cette situation, une autorité locale, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, s'interroge sur l'origine des armes et des munitions utilisées par ces groupes criminels.
Cette autorité préconise notamment un renforcement de la discipline dans le port et l'utilisation des armes en dehors des opérations de sécurisation, ainsi qu'une meilleure distinction entre les missions relevant de la police et celles des forces armées.
Elle estime également que les éléments des forces armées qui ne sont pas engagés dans les opérations de sécurisation de la population devraient laisser la police exercer pleinement ses missions de maintien de l'ordre.
Les élus locaux interpellent les autorités
La situation préoccupe également les élus locaux.
Le président du Conseil communal de Selembao, Pépé Kingudi, dit suivre avec inquiétude la situation sécuritaire dans plusieurs quartiers de la commune.
L'élu communal appelle le bourgmestre de Selembao et les membres du Comité local de sécurité à renforcer leur présence sur le terrain.
Pour Pépé Kingudi, la sécurité des populations ne devrait pas être uniquement une réponse aux incidents une fois ceux-ci survenus. Elle doit, selon lui, relever d'une action publique permanente, préventive et coordonnée.
D'où son appel à une attention particulière et urgente sur les quartiers de Badiadingi, Libération et Mayimbi, où les habitants disent continuer à faire face à des incursions nocturnes.
Entre le braquage signalé en plein centre-ville et les attaques rapportées dans certains quartiers périphériques, ces nouveaux incidents posent une nouvelle fois la question de la prévention de la criminalité urbaine à Kinshasa et de la capacité des structures locales de sécurité à anticiper les menaces.
Pour une population qui avait commencé à retrouver un sentiment d'accalmie, la priorité est désormais claire : éviter que ces incidents isolés ne se transforment en une nouvelle tendance durable de l'insécurité dans la capitale.
François WALY
